André-François Marescotti (Compositeur)

  • Französisch
  • 1988-05-16
  • Dauer: 00:48:56

Beschreibung

Une vie étonnante tout au service de la musique. Ses études au Conservatoire de Genève achevées avec un diplôme de piano, la composition, l'enseignement, mais aussi la direction vont devenir ses principales activités. Parallèlement, il participe entre autres à la fondation de la SUISA (protection des droits des artistes), à celle du Concours international d'exécution musicale de Genève et fait partie du jury de nombreux concours. Il nous livre ici une réflexion d'un grand intérêt sur la communication musicale: le rapport du compositeur avec l'œoeuvre et sa réception chez l'auditeur.

00:00:00 – 00:00:10 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à André-François Marescotti, compositeur, et tourné à Genève le 16 mai 1988. L'interlocuteur est Nicolas Bouvier.
00:00:10 – 00:02:16 (Séquence 1) : André-François Marescotti évoque son histoire familiale : son père était italien et sa mère française. Son père est venu en Suisse avec pratiquement aucun argent et à pied. Il avait été élevé dans un institut catholique à Turin, originellement fondé par la maison de Savoie, après avoir été abandonné par son propre père, un joueur. Les Marescotti étaient connus dans la région et dans toute l'Italie car il s'agit d'une vieille famille dont l'ancêtre est un Ecossais réfugié qui a fondé la première souche vers Bologne. La deuxième souche Marescotti se trouve à Rome et la troisième, à Sienne, dont est issu André-François Marescotti.
00:02:16 – 00:04:14 (Séquence 2) : André-François Marecotti évoque son père et le choix de ce dernier de la Suisse, qu'il impute au destin. Sortant de son orphelinat, son père s'est trouvé dans une situation difficile, car ayant un diplôme de mécanicien-technicien, il aurait dû entrer dans les arsenaux et faire du service militaire pour payer sa dette à la communauté. Or, le père de Marescotti était socialiste, contre le gouvernement et même contre sa propre famille, qui l'avait abandonné. Il est donc parti une première fois tenter sa chance à Nice, car il souhaitait émigrer en Amérique. Mais, malade, il a dû rentrer à Turin, avant de repartir, cette fois, en direction du Saint Bernard.
00:04:15 – 00:06:28 (Séquence 3) : L'interlocuteur évoque l'histoire familiale d'André-François Marescotti : son père a passé le Saint-Bernard pour s'établir ensuite à Carouge. Marescotti précise que son père s'est arrêté deux mois à Vevey où il a appris l'anglais car il rêvait d'aller en Amérique. En arrivant à Genève, on lui a dit d'aller s'installer à Carouge, là où il y avait tous les Italiens. Il a trouvé du travail et pensait économiser pour réaliser son rêve. Il a alors rencontré la mère d'André-François, Eugénie Lacroix, l'a renommée Thérèse et l'a épousée. Marescotti est né de cette union en 1902 mais il n'a pas été inscrit immédiatement par son père sur les registres italiens : son père devant d'ailleurs payer une amende à ce sujet, a pris la bourgeoisie et c'est ainsi que Marescotti est Suisse et non Italien. Il a d'ailleurs souffert, enfant, de n'être considéré que comme Italien alors qu'il ne l'était pas. Il se définissait donc comme Carougeois.
00:06:29 – 00:08:18 (Séquence 4) : André-François Marescotti évoque ses parents : son père, fabricant de cycles, et sa mère modiste. Son père est l'auteur de plusieurs inventions et a pris une petite boutique sous son appartement, pour y installer son atelier. Lors de l'hiver terrible de 1903, il a décidé d'en faire un magasin de cycles : il les fabriquait sur mesure.
00:08:20 – 00:09:02 (Séquence 5) : André-François Marescotti parle de sa mère, issue de souche paysanne savoyarde, qui était venue à Carouge faire un apprentissage de couturière avant de devenir première main dans une bonne maison genevoise. A la naissance d'André-François, elle a quitté son travail mais a continué à coudre pour diverses clientes.
00:09:05 – 00:10:45 (Séquence 6) : André-François Marescotti explique la place de la musique dans sa famille italo-savoyarde. Son père adorait l'opéra italien et lui a appris des rudiments de solfège et à jouer de la flûte. Lui-même jouait de la guitare et de l'accordéon. Marescotti s'est ensuite mis à jouer avec l'orchestre paroissial de Carouge. Puis il est passé au piano d'une manière particulière. Son père lui faisait donner des leçons d'allemand par une voisine pour combler ses lacunes et a décidé de louer un piano pour qu'elle donne également des leçons de piano à Marescotti. Ce dernier se souvient qu'il en a joué la première fois le 6 février 1914.
00:10:49 – 00:11:41 (Séquence 7) : André-François Marescotti raconte comment son père lui a acheté un piano, tant il montrait de prédispositions pour cet instrument. Comme son père fabriquait des vélos, il a fait un échange avec le vendeur de piano.
00:11:45 – 00:12:27 (Séquence 8) : André-François Marescotti raconte ses études : d'une part, il suivait les cours de l'école professionnelle et d'autre part, ceux de piano d'une institutrice. Puis il est entré à l'Académie de musique qu'il a suivi pendant deux ans tout en commençant à composer. Il a pris alors ses premières leçons d'harmonie.
00:12:32 – 00:13:13 (Séquence 9) : André-François Marescotti explique qu'une fois son école professionnelle terminée, il ne pensait pas faire de la musique en professionnel : il entre alors au Technicum, selon le vœu de son père. Ce dernier pensait en effet que son fils l'épaulerait pour ses inventions.
00:13:18 – 00:13:53 (Séquence 10) : André-François Marescotti raconte la fête de Jaques-Dalcroze en 1914, pour le centenaire de l'entrée de Genève dans la Confédération. A l'époque il allait beaucoup au théâtre avec ses parents, et cela, ajouté à la fête, l'a poussé à vouloir faire de la musique. Ce fut le début de sa vocation.
00:13:58 – 00:15:56 (Séquence 11) : André-François Marescotti évoque l'échec voulu de ses études au Tehnicum qui l'a poussé à se professionnaliser en musique, contre l'avis de son père. Il s'est dédié à l'étude de l'harmonie, du contrepoint et se faisait renvoyer du Technicum pour aller à la bibliothèque faire des travaux, non pas de mathématiques, mais de musique. Il avait alors des cours à l'Académie de musique et a alors essayé d'entrer au Conservatoire. Il a même formé le vœu de servir la musique s'il y arrivait. Il a réussi à contacter Alexandre Mottu qui a accepté de le prendre dans sa classe, après avoir réussi l'examen d'entrée. Il l'a d'ailleurs si bien réussi que son cursus a été réduit à trois ans au lieu de quatre. Entre-temps son père lui a dit de se débrouiller pour vivre et Marescotti est entré comme dessinateur technicien chez Bossard, tout en travaillant la musique à côté. Il faisait huit heures de bureau et six heures de piano par jour.
00:16:01 – 00:16:43 (Séquence 12) : André-François Marescotti explique le rôle de Mottu dans son parcours musical. Quand il est entré au Conservatoire, il était obtus et fermé et Mottu l'a pris en affection, au point de devenir une sorte de père spirituel pour Marescotti. Il l'a donc orienté vers des études classiques plutôt que techniques.
00:16:49 – 00:19:15 (Séquence 13) : André-François Marescotti parle d'Alexandre Mottu, claveciniste, alors qu'il est lui-même pianiste, et commente la différence de ces deux registres. Le clavecin étant un instrument historique, Mottu avait peu d'élèves pour cet instrument tandis que sa classe de piano au Conservatoire était pleine. A l'époque, Marescotti voulait entrer au Conservatoire comme professeur pour gagner sa vie et composer : en même temps que ses cours de piano, il suivait des classes d'harmonie et de contrepoint, avec Charles Chaix, ainsi que d'orchestration. Il a pu ainsi faire ses premières compositions, notamment dans un registre savoisien, qu'il avait étudié. Trois ans plus tard, il a obtenu son diplôme de capacité de piano et pensait que tout allait lui sourire. Malheureusement, il tombe malade en rentrant du service militaire, deux mois après son diplôme, et reste trois ans convalescent. Encore maintenant, Marescotti peste contre le mauvais sort qui l'a empêché de bien commencer sa carrière mais il a compris que cette période lui a permis de faire le point, de lire, d'approfondir et de penser sérieusement à son art.
00:19:22 – 00:22:08 (Séquence 14) : André-François Marescotti évoque le début assez fulgurant de sa carrière dans les années 1930 : il devient professeur titularisé assez vite et compose également. Pendant ses études, il était organiste à Compesières et en 1926, il est nommé maître de chapelle au Sacré-Coeur où il reconstitue et dirige un orchestre amateur et des chœurs. Ils donnent des concerts spirituels en jouant de la musique contemporaine comme du Caplet ou du Roger Ducasse. Pour ce faire, il contacte l'éditeur pour qu'il puisse soumettre aux compositeurs les arrangements qu'il a fait et cela implique de se rendre à Paris. En outre Marescotti, voulait rencontrer et travailler avec Caplet et sortir du vase clos que constituait Genève musicalement parlant. Caplet lui propose alors de venir étudier le chant grégorien à Solesme avec lui mais sa mort prématurée annule la rencontre. A la place, Marescotti est allé chez Roger Ducasse à Paris : il l'a pris comme élève, à la condition qu'il ne publie rien sans son autorisation. C'est là qu'il a pu apprendre son métier.
00:22:16 – 00:24:51 (Séquence 15) : André-François Marescotti raconte sa rencontre avec l'éditeur Auguste Durand lors d'un concert. Durant lui a suggéré de lui apporter à Paris la première composition que Ducasse aurait validée. Après avoir entendu son œuvre, Durand était très content mais souhaitait entendre une gigue que Marescotti a alors composée. Entre-temps, Durand est mort et Marescotti a dû apporter la partition à son neveu qui avait repris la maison mais qui n'a voulu éditer que deux morceaux. Marescotti a refusé et a proposé sa partition à l'éditeur de Debussy qui, pourtant, n'éditait plus. Or une fois la suite entendue, il la lui a achetée et Marescotti est entré ainsi dans la maison Jobert.
00:25:00 – 00:29:20 (Séquence 16) : L'interlocuteur explique qu'en 1947, André-François Marescotti est passé par une crise alors qu'il était un compositeur reconnu et joué, ainsi qu'un professeur respecté. Marescotti le confirme : jusque dans les années 1940, tout allait bien et il composait beaucoup. Mais il sentait déjà à cette époque que sa technique d'écriture ne correspondait pas à ce qu'il voulait exprimer et il n'arrivait pas à trouver de solution. Il entend alors une œuvre de l'interlocuteur et a le coup de foudre, sans pourtant en comprendre l'écriture. Or, à cette époque, il a dû composer une musique de ballet pour le théâtre de Zurich et une autre de scène pour René Morax, en très peu de temps. Il était donc peu satisfait de ce qu'il avait écrit et a décidé d'arrêter pour étudier le dodécaphonisme dont tout le monde parlait alors. Un des problèmes principaux de cette entreprise consistait en la méconnaissance de la langue allemande qui théorisait le dodécaphonisme. Le seul ouvrage auquel il a pu accéder était celui de Leibowitz mais il ne pouvait accepter son contenu, qui a d'ailleurs été renié par Schoenberg. Marescotti a donc beaucoup travaillé pendant sept ans et a eu la chance de rencontrer Stuckenschmidt. Marescotti a, par exemple, cherché à écrire une simple mélodie à 12 sons dans le style dodécaphonique, ce qui lui a pris deux ans. Il a ensuite amélioré sa technique et a pu sortir un concerto pour piano au bout de sept ans.
00:29:29 – 00:32:03 (Séquence 17) : André-François Marescotti évoque ses sept ans de silence et de tâtonnements musicaux, notamment en lien avec l'école de Vienne. La théorie de cette dernière implique que la musique, composée premièrement sur papier, n'est pas toujours accessible à l'oreille, ce que Marescotti appelle le drame du dodécaphonisme. Le musicien compose en effet une musique anti tonale et ancrée dans la variation avec cette théorie. Le problème de Marescotti, quant à lui, consistait à adapter l'élargissement du tonal avec 12 sons, en se libérant de la servitude de la sérialité. Et, il s'est engagé dans le créneau ouvert par Alban Berg qui n'a pas suivi la démarche orthodoxe du dodécaphonisme. Il a cherché à créer des liens entre musiques traditionnelle, modale et tonale et à travailler avec les 12 sons libres. Il souhaite donc donner un sens différent au dodécaphonisme, par rapport à celui de l'Ecole de Vienne : n'avoir pas de tonalité préalable mais plutôt une tonalité résultante, perceptible à l'oreille et permettant une conduite de la pensée logique du compositeur.
00:32:13 – 00:34:03 (Séquence 18) : André-François Marescotti explique sa démarche quand il est passé au dodécaphonisme : il cherchait à élargir ses possibilités musicales. Or l'école de Vienne orthodoxe le rebutait grandement et il ne comprenait pas la théorie. Il a par la suite été aidé par un livre de Costère qui a écrit deux ouvrages remarquables sur l'harmonie moderne. Marescotti explicite les détails techniques illustrés par Costère.
00:34:13 – 00:35:36 (Séquence 19) : L'interlocuteur explique qu'André-François Marescotti a publié une oeuvre très importante en 1956, son "Concerto de piano", juste après son long passage d'étude du dodécaphonisme. Son utilisation des 12 sons est alors complètement libre et repose sur la conduite des sons importants et secondaires. Cela l'a d'ailleurs amené à l'harmonie d'intensité qui est déjà présente chez Debussy : certaines notes d'un accord sont plus mises en avant que d'autres.
00:35:46 – 00:36:13 (Séquence 20) : L'interlocuteur rappelle que les qualités musicales d'André-François Marescotti reposent principalement sur son côté coloré et primesautier. Or un critique l'a un jour défié de conserver ce caractère dans le dodécaphonisme. Marescotti répond qu'il était plutôt à l'aise dans cette nouvelle technique car elle lui a permis d'exprimer ce qu'il souhaitait avec une palette de possibilités infiniment plus grande.
00:36:24 – 00:37:14 (Séquence 21) : André-François Marescotti explique que son public et ses collègues ont été déroutés par son évolution vers le dodécaphonisme. Ansermet était contre, par exemple. Mais Marescotti ne doutait pas car il venait de passer sept ans à affiner sa technique et sa composition. Et, d'ailleurs, quand il a sorti son concerto, tout le monde a reconnu que c'était toujours du Marescotti mais avec plus de possibilités. Pour lui en effet, travailler avec 12 sons libres permet d'aller encore plus loin dans la couleur car il n'y a alors pas de problème de modulation.
00:37:25 – 00:39:01 (Séquence 22) : André-François Marescotti parle de son engagement en faveur de la profession musicale. Il a, par exemple, été l'un des instigateurs du premier concours musical avec Gagnebin et de la SUISA pour la question des droits des compositeurs, notamment pour en remontrer à la SACEM. Marescotti l'a donc créée avec Binet et avec le président de l'AMS de l'époque. Marescotti a également fait partie de nombreux jurys de concours et aidé à en organiser beaucoup d'autres, à Tokyo, Sidney ou encore Santander.
00:39:13 – 00:39:42 (Séquence 23) : André-François Marescotti évoque son retour de Prague, il y a quelques jours. Il y était comme juré alors qu'il pensait ne plus le faire mais il s'est laissé séduire par la ville qu'il aime beaucoup. Il a d'ailleurs eu beaucoup de plaisir à renouer avec ses collègues jurés. Même s'il affirme ne plus vouloir le faire, il ira au Japon l'année prochaine comme conseiller pour le concours du Japon qu'il avait aidé à mettre sur pied.
00:39:54 – 00:41:51 (Séquence 24) : André-François Marescotti parle de ses amis, la soliste Lottie Morel et le chef d'orchestre Samuel Baud-Bovy. Il a également travaillé avec Franz André et a dédié plusieurs de ses œuvres à Lottie Morel, notamment "La fantasque" qui est à l'image de son caractère. Bien qu'au début, la pièce la laissât perplexe, elle l'a jouée une trentaine de fois depuis. Cette œuvre, très technique, demande d'être très musicien en plus d'être un bon pianiste, pour être jouée. Baud-Bovy, quant à lui, a dirigé Marescotti de nombreuses fois et a créé "Les hymnes" et "Les insomnies" entre autres, pour lui.
00:42:04 – 00:43:04 (Séquence 25) : L'interlocuteur explique que l'oeuvre musicale d'André-François Marescotti comporte souvent des références littéraires. Ainsi, "Les insomnies" s'inspire d'un poème de Milosz et "Le grand Meaulnes" est un hommage à Alain-Fournier. Marescotti explique que son point de départ pour composer est le rêve sur un thème, comme par exemple celui de l'enfance et de sa naïveté qu'on trouve d'ailleurs chez Fournier et Milosz.
00:43:17 – 00:47:09 (Séquence 26) : L'interlocuteur rappelle qu'André-François Marescotti a longtemps été professeur et pédagogue. Lui-même a fait partie de ses élèves. Marescotti affirme que ses élèves lui ont beaucoup apporté, notamment en termes d'émotions et d'expression de leurs tâtonnements pour les décrire. Il essayait d'apprendre à ses élèves à sentir et à vivre le texte de la composition, en plus de la jouer. De plus, il a eu beaucoup d'enfants comme élèves car il les aime beaucoup. Il a eu jusqu'à 40 élèves deux fois par semaine, ce qui n'était pas pénible puisqu'il appréciait de voir les enfants émus par la musique et de les initier. D'ailleurs, si un morceau ne leur plaisait pas, il ne le leur imposait pas, ce qui était une révolution dans les programmes du Conservatoire. Encore maintenant, avec ses étudiants de composition, il ne leur impose pas ses idées mais part des leurs pour qu'ils puissent les exprimer avec un certain équilibre. Il rappelle à ce sujet que la musique est faite avant tout pour l'oreille et qu'une composition parfaite sur le papier peut parfaitement être inaudible, une fois jouée. D'où parfois, un divorce entre compositeur, interprète et public, notamment pour la musique contemporaine.
00:47:22 – 00:48:02 (Séquence 27) : André-François Marescotti explique que les compositeurs ne devraient pas oublier de se servir de leurs oreilles et regrette que beaucoup de musiques modernes soient plus cérébrales que sensibles. Or il insiste sur le fait que la musique se ressent plus qu'elle ne se comprend et qu'il ne faut pas l'oublier.
00:48:16 – 00:48:42 (Séquence 28) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à André-François Marescotti, compositeur, et tourné à Genève le 16 mai 1988.
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