Claude Nobs (Fondateur et producteur du Montreux Jazz Festival)

  • Französisch
  • 2011-03-15
  • Dauer: 00:51:25

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Beschreibung

Grâce à l'importante collection de 78 tours de son père, Claude Nobs découvre la musique. Pendant ses années d'apprentissage de cuisinier à Bâle, il se passionne pour le jazz. Quand il sort de l'Ecole Hôtelière de Lausanne, Raymond Jaussy, Directeur de l'Office du Tourisme de Montreux, lui propose un poste de comptable dans son équipe. Claude Nobs va bien au-delà de cette fonction et fait la promotion de sa région en Europe. Lors de sa première mission à New York, il rencontre Nesuhi Ertegun, un des directeurs d'Atlantic Records. L'idée d'un festival au bord du Léman prend forme. En 1967, la première édition du Montreux Jazz Festival accueille 14 formations de jazz venues de plusieurs pays. Avec les années, le festival se diversifie, s'ouvre à d'autres musiques et prend une ampleur internationale. Dans les années 90, Quincy Jones se joint à l'aventure. Liberté, confiance et recherche sont à la base du succès du festival. Le sens du partage et de l'hospitalité de Claude Nobs y contribue largement.

00:00:00 – 00:00:12 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Claude Nobs, fondateur et producteur du Montreux Jazz Festival, et tourné à Caux (VD) le 15 mars 2011. L'interlocuteur est Pierre Grandjean.
00:00:12 – 00:01:07 (Séquence 1) : L'entretien de Claude Nobs, fondateur du Festival de Jazz de Montreux, se tient dans son chalet dans lequel il vit et travaille. Situé sur les hauts de Montreux, ce logement associe un style contemporain (utilisation de matériaux tels que l'acier, le béton et le verre) à des éléments traditionnels (toit en tavillon, grande borne). Les pièces sont grandes et n'ont pas de porte. Elles sont utilisées comme salle à manger, salon, pièce de projection ou studio d'enregistrement. Elles comptent de nombreux objets de collections, des trains, des objets d'art nouveau, des juke-boxes, des machines à sous et de la musique sous divers formats (DVD, enregistrements sur bandes, disques).
00:01:08 – 00:01:16 (Séquence 2) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Claude Nobs, fondateur et producteur du Montreux Jazz Festival, et tourné à Caux (VD) le 15 mars 2011. L'interlocuteur est Pierre Grandjean.
00:01:17 – 00:02:19 (Séquence 3) : Dans son enfance, Claude Nobs passait ses vacances sur les hauts de Montreux, dans un petit chalet de montagne à Liboson, une petite vallée près de Caux. Il précise que ce n'étaient pas des vacances familiales. Il n'a presque pas connu ses parents. Son père était boulanger, sa mère s'occupait des livraisons et des factures. Il y avait toujours une bonne d'origine suisse allemande qui s'occupait de lui. Trente ans plus tard, une des bonnes qui a souhaité le revoir lui a expliqué qu'il était un enfant facile à garder, car il était autonome et souvent hors de la maison. Pendant les vacances, il passait son temps avec des copains à courir dans les bois ou au bord du lac.
00:02:21 – 00:03:09 (Séquence 4) : Claude Nobs est né en février 1936. L'interlocuteur souligne qu’il est Verseau, un signe d'eau, et que dans son enfance il vivait près du village de Territet. Claude Nobs adorait tellement le lac et être dehors qu'il prenait rapidement des couleurs. On l'appelait "le petit nègre". La boulangerie familiale avait une certaine aura auprès de ses amis. Claude Nobs partageait avec eux les brisures de frangipanes que son père conservait dans un tiroir.
00:03:11 – 00:04:00 (Séquence 5) : Le père de Claude Nobs se levait à minuit et se couchait vers 9-10 heures. Le soir, il devait faire les levains et travaillait encore trois ou quatre heures. Sa mère était active de 6h du matin jusqu'à 9 heures du soir. Claude Nobs voyait ses parents à table, le repas de famille du soir était immuable. Le menu était le même d'une semaine à l'autre. Le dimanche soir, la famille mangeait du café au lait avec du pain, appelé en suisse allemand le "Kafimöcke". Claude Nobs n'aimait ni le bouilli ni le poisson, mais on le forçait à en manger. Sa mère lui disait "mange, mâche, avale".
00:04:02 – 00:06:09 (Séquence 6) : Claude Nobs n'a pas souffert de l'absence de ses parents, car il dit avoir bénéficié de liberté. Il reconnaît avoir abusé de cette situation. A l'âge de 8 ou 10 ans, il jouait au militaire avec des amis dans un immeuble abandonné de Territet. Ils y ont établi un quartier général. Dans leurs jeux, ils ont commis de nombreuses dégradations et ont dû payer 80.- pour les dégâts. Ils ont également été punis à passer plusieurs samedis après-midi dans un local. Ils apportaient des journaux, les premiers Tintins, les premiers chewing-gums et tous les éléments importants pour les jeunes à cette époque. Claude Nobs et ses amis formaient les pandours des bois de Territet. Avec cette bande de copains, Claude Nobs posait des capsules sur les rails du tram et ceux du funiculaire Territet- Monfleury.
00:06:12 – 00:06:49 (Séquence 7) : Claude Nobs explique que le premier funiculaire fonctionnant par lest d'eau du Lac était celui de Territet-Glion. La quantité d'eau chargée à Glion était relative au nombre de personne qui voyageait et à leur corpulence. Claude Nobs se souvient de l'avoir utilisé pour aller skier à Caux. Le funiculaire ne terminait parfois pas sa course normalement.
00:06:52 – 00:08:25 (Séquence 8) : L'interlocuteur dit que Claude Nobs semble avoir passé une douce enfance à Territet. Claude Nobs a pris conscience qu'il y avait la guerre dans le pays voisin, en apprenant que les Allemands avaient provoqué un incendie à Saint-Gingolph. Il avait vu brûler cette ville depuis Montreux. Claude Nobs écoutait la radio grâce à l'émetteur de Sottens. A cette époque, il ne s'intéressait pas aux journaux. Aujourd’hui il dit préférer la presse imprimée au format électronique. Il aimait écouter les émissions musicales. Son père avait acheté des disques 78 tours au kilo, ceux-ci ne possédaient pas de fourres. Claude Nobs les faisait tourner sur un gramophone à manivelle qu'il possède toujours et les notait selon ses préférences. Il a constaté plus tard que ses disques préférés étaient ceux de jazz. Il y avait déjà des signes qui montraient que le jazz serait un élément important de sa vie.
00:08:28 – 00:09:21 (Séquence 9) : Claude Nobs dit ne pas avoir vécu le vrai cinéma, parce qu'il n'avait pas d'argent. Il allait trois ou quatre fois par année au Fip Fop Club créé par Nestlé et animé par l'oncle Henry et la tante Juliette. Il y avait une grande équipe d'enfants qui avaient entre six et douze ans. Il passait du Chaplin, des dessins animés. Plus tard, Claude Nobs a organisé un cinéma chez lui. Il avait un vieux Pathé Baby avec des petites bobines. Il demandait 5cts par séance. Comme cela ne fonctionnait jamais, on l'avait surnommé le "cinéma à la panne".
00:09:25 – 00:10:58 (Séquence 10) : Claude Nobs ne savait pas ce qu'il voulait faire dans la vie, mais l'école ne lui correspondait pas. Il a gardé ses cahiers de composition et l'une d'elles s'intitulait "la boîte à musique". Elle portait sur la boîte à musique de la gare de Montreux, un vieil automate orné de danseuses chinoises. Dans un autre texte, Claude Nobs parlait d’un magasin de train à Montreux et des locomotives de la marque Lionel équipées d’un système reproduisant du son et de la fumée. Claude Nobs se souvient également de sa composition de six pages décrivant "Un jour de vacances". Contrairement à aujourd'hui, le temps ne semblait pas passer dit Claude Nobs. Il attendait la récréation, sans se soucier du lendemain. Ses journées étaient composées de vagabondages, de balades dans la forêt, de baignades dans le lac et d'école.
00:11:03 – 00:13:03 (Séquence 11) : Dans son enfance, Claude Nobs souhaitait toujours faire le clown et devenir acteur. Au collège, il a figuré dans la comédie d'Anatole France intitulée "La comédie de celui qui épousa une femme muette". Il a joué le rôle du mari lors des deux représentations. Claude Nobs a pris conscience plus tard qu’il était davantage intéressé par la musique que le théâtre. A douze ans, il a été placeur au "Septembre musical" où il a entendu Furtwängler diriger la 9e symphonie de Beethoveen. Des morceaux de plâtres tombaient à chaque fortissimo. Claude Nobs a connu la belle-fille Furtwängler et a rencontré cet homme à plusieurs reprises à la Villa l'Empereur à Clarens. Claude Nobs a continué l'école jusqu'à 16 ans, mais sans grand enthousiasme. Il avait de bonnes compétences en français, notamment au niveau de la composition, mais était moins à l’aise dans les branches des langues étrangères, ainsi que sur le plan de l'algèbre et de la comptabilité. Il a gardé ses carnets d'école où apparaissent très souvent des zéros. Il faisait parfois signer son carnet à son parrain qui habitait Montreux.
00:13:08 – 00:14:19 (Séquence 12) : Claude Nobs a continué l’école jusqu’à 16 ans. Un jour, son père lui a demandé de choisir une formation. Comme Claude Nobs n'aimait pas se lever tôt, mais qu’il aimait préparer des mets, il a décidé d'être cuisinier. Il a pris une place au Buffet de la gare de Spiez. Après un mois, il est devenu un collaborateur à Bâle avec un vieux chef traditionnel de cuisine française. Après le nettoyage des casseroles, Claude Nobs écoutait la radio "Europe 1", notamment le programme intitulé "Pour ceux qui aiment le jazz" de Daniel Filipacchi et Frank Ténot. Il ne savait pas encore que 50 ans plus tard Daniel Filipacchi serait l'un de ses meilleurs amis. Claude Nobs estime avoir reçu une double éducation par le biais de la cuisine enseignée par un chef qui lui apprit les grandes recettes françaises et de la radio qui diffusait de la musique jazz.
00:14:25 – 00:15:35 (Séquence 13) : Les débuts de la radio "Europe 1" vers 1955 marquent aussi l'amitié de Claude Nobs et Willy Leiser. Ils se sont rencontrés à la radio au concert de Memphis Slim. Claude Nobs a pu lui exprimer son admiration et expliquer qu'il souhaitait organiser un concert de blues à Montreux. Willy Leiser a mis en garde Claude Nobs sur le montant d'un tel projet. Claude Nobs a pu avec l'aide des jeunes de Montreux réunir l'argent nécessaire et ainsi faire venir plusieurs musiciens de blues, dont John Lee Hooker pour 500 dollars. Quelques années plus tard dans le cadre du Jazz Festival Montreux, le cachet du musicien s'élevait alors à 50000 dollars. Les montants des rétributions ont évolué.
00:15:42 – 00:17:27 (Séquence 14) : Claude Nobs a travaillé une année dans une succursale de la banque l'UBS. Il souhaitait s’orienter dans le tourisme, car il s'imaginait voyager et faire des croisières sur un bateau. Raymond Jaussi lui a proposé une place à l'Office de tourisme de Paris. Après un certain temps, Claude Nobs s'est rendu compte qu'il n'aimait pas distribuer des prospectus. Ses conditions de logements étaient étranges : il vivait chez une vieille dame et logeait dans une armoire, une chambre sans fenêtre. Claude Nobs était chef des éclaireurs comme les deux fils de Raymond Jaussi. Claude Nobs suivait cependant des cours divers tels que la cuisine, le cinéma ou le théâtre. Quand Claude Nobs a désiré quitter Paris, Raymond Jaussi lui a proposé une place de comptable à l'Office de tourisme de Montreux.
00:17:34 – 00:19:06 (Séquence 15) : Parallèlement à son travail de comptable pour l'Office de tourisme de Montreux, Claude Nobs a organisé des concerts, notamment pour le gala final du Festival de la Rose d'or. En 1963, Claude Nobs a rencontré les Beattles à Londres pour les convier à cet événement, offre que les musiciens ont acceptée. L'Angleterre avait remporté l'édition de la Rose d'or précédente avec "The Black and White Minstrel Show". Cette proposition de groupe a ensuite été refusée par le chef de la Télévision Suisse Romande. En 1964, Claude Nobs a réussi à faire venir les Rollings Stone. Au même programme, il y avait Petula Clark et Adamo. Claude Nobs se souvient qu'il donnait des invitations sur le trottoir pour ce concert. Claude Nobs était allé les chercher en voiture à l'aéroport de Genève. Dans le livre du Festival, il y a une photo sur laquelle Mick Jagger signe un autographe pour le douanier de service à la sortie de l'avion.
00:19:14 – 00:20:24 (Séquence 16) : Claude Nobs considère que Raymond Jaussi a été son ange gardien. Il lui a permis de commencer le Festival de jazz, de trouver des fonds, de gérer la conception, de programmer des concerts pop, comme avec Pink Floyd. Il était présent lors de l'incendie du casino et a accordé sa confiance à Claude Nobs et Frank Zappa. Il a toujours été présent aux côtés de Claude Nobs. Claude Nobs précise que Raymond Jaussi et lui étaient de caractères différents et c'est d'ailleurs grâce à cette différence qu'il a été engagé. Cette confiance qu'on lui a accordée a permis de changer sa vie.
00:20:33 – 00:21:07 (Séquence 17) : Claude Nobs précise que tout ce qu'il entreprend aujourd'hui est basé sur la liberté, la confiance, la recherche et sur le fait qu'il ne se sent jamais à 100 % heureux. Il garde en lui un sentiment de curiosité qui le pousse à faire mieux chaque année. Le Festival fête ses 45 ans et Claude Nobs ses 75 ans. Il ne se rend pas compte de son âge.
00:21:16 – 00:23:28 (Séquence 18) : Claude Nobs a organisé ses premiers concerts de blues à Montreux, avant de participer à l'organisation des galas de la "Rose d'or". On lui a confié ensuite l’organisation du Montreux Jazz Festival. Claude Nobs a reçu Erroll Garner à Montreux pour la "Rose d'or". Il a obtenu les droits de télévision de cet artiste, en échange de 5 jours de golf sur le parcours d'Aigle. Claude Nobs désirait faire connaître le Festival hors de Suisse en organisant des événements dans d'autres pays et notamment aux Etats-Unis. Raymond Jaussi était sceptique, car il existait dans ce pays déjà de grands projets musicaux. Claude Nobs, René Langel et Géo Voumard se sont inspirés du prix de l'Eurovision de la chanson pour créer le Grand prix du jazz européen en collaboration avec les organisateurs de radios de toute l'Europe. Les concerts ont été diffusés en direct dans toute l'Europe. La deuxième année du concours, Claude Nobs a envoyé une bande de musique de Bill Evans, enregistrée par Pierre Grandjean, aux radios américaines. Cet artiste a reçu le Grammy Awards. Ce fut le premier disque hors Etats-Unis à recevoir cette récompense. Sur la pochette du disque intitulé "Bill Evans recorded live in Montreux" était illustré le Château de Chillon. Lors de la troisième édition, le disque nommé "Swiss movement" enregistré à Montreux s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires. Les maisons de disques américaines ont commencé à s’intéresser au Montreux Jazz Festival et à envoyer en exclusivité leurs musiciens et leurs stars.
00:23:38 – 00:26:31 (Séquence 19) : Dès le début du projet du Grand prix de jazz européen, Claude Nobs a cherché l'appui de la maison de disque "Atlantic Records" qui comptait des artistes comme John Coltrane, Ray Charles, Aretha Franklin. Lors de son premier voyage à New York, Claude Nobs est allé rencontrer Nesuhi Ertegün. Ce dernier a vécu quelques années en Suisse, car il était le fils d'un ancien ambassadeur de Turquie à Berne. Nesuhi Ertegün lui a offert son soutien ainsi qu’une liste de toutes les nouveautés musicales et le nom de la manager d'Aretha Franklin, Ruth Bowen. Claude Nobs a contacté rapidement cette dernière pour lui demander la participation de l'artiste au Festival de Montreux. Il lui a laissé des prospectus de la région (Rochers-de-Naye, Alpes) et des chocolats. Il a proposé un cachet de 5000 dollars, ce qui était moins que ce que proposaient d’autres villes d'Europe. Aretha Franklin a participé au Festival de Montreux en 1968 et en 1971.
00:26:41 – 00:27:43 (Séquence 20) : Claude Nobs précise que chaque artiste a des conditions et demandes particulières pour venir jouer au festival. Nina Simone avait rajouté à la main sur le contrat qu'elle souhaitait une limousine et une montre haut de gamme avec diamant. En 1973, lorsque Miles Davis est venu à Montreux, il désirait avoir une Ferrari à disposition pendant son séjour. Claude Nobs a emprunté une voiture d'un ami et en échange il a permis à la femme de ce dernier de vendre les poulets de son élevage. Claude Nobs souligne qu'il est souvent difficile de satisfaire les musiciens, par exemple, Miles Davis aurait préféré une Ferrari noire, alors que celle qui avait été prêtée était rouge.
00:27:54 – 00:28:36 (Séquence 21) : Claude Nobs a parfois des doutes. Il précise qu’un artiste a ses humeurs et dans un mauvais jour, il peut rater sa prestation. C’est un travail qui dépend des artistes. Claude Nobs souligne qu'il doit y avoir une osmose entre les musiciens et le public. Il arrive parfois qu'un artiste soit mécontent, comme ce fut le cas de Brad Mehldau qui a quitté la scène fâché.
00:28:48 – 00:30:57 (Séquence 22) : Claude Nobs a été proche de Nesuhi Ertegün. C'était un homme cultivé qui aimait l'art, la peinture. Il parlait parfaitement le français. Il a transmis à Claude Nobs des connaissances autant sur le plan humain que dans le domaine artistique. Claude Nobs n'a jamais aimé le football. Quand son père l'emmenait au club à Chailly, il s'échappait rapidement du bord du terrain pour aller cueillir des pâquerettes pour sa mère. Nesuhi Ertegün a fondé le club de football New York Cosmos qui a accueilli le joueur Pelé. Claude Nobs a passé avec lui deux semaines de voyage en Europe. Ils se sont bien entendus, même s'ils n’avaient rien en commun. Claude Nobs a appris les diverses facettes de l’organisation d’un festival de musique grâce à Nesuhi Ertegün. Ce dernier est décédé lors de la célébration d'un Festival (15 juillet 1989). Claude Nobs est resté prostré deux jours dans son chalet. Il a organisé une soirée d'hommage avec des musiciens, dont le Modern Jazz Quartet et Manhattan Transfer. Il était comme un père pour Claude Nobs. Aucun des deux n’avait des connaissances en technique. Un jour, Claude Nobs explique qu’il est allé dans la maison de Nesuhi Ertegün, à Biot en France, pour vérifier les raisons de défaillances d’électricité et il a constaté que c'était simplement l'interrupteur principal qui était arrêté.
00:31:09 – 00:31:55 (Séquence 23) : Claude Nobs est invité à parler du concept du Montreux Jazz Festival. On a dit qu'il abusait du mot jazz pour présenter du rock et de la musique du monde entier. Claude Nobs a cependant préféré garder ce mot dans l'intitulé du Festival. L'année 1978-1979, le Festival a été nommé temporairement "Montreux International Festival", mais les gens ont continué à l'appeler le Montreux Jazz. Cette appellation est devenue une marque. Il y a désormais des "Montreux Jazz cafés" qui se développent de partout. Claude Nobs aime utilisé le mot jazz, car pour les musiciens cela est un gage de qualité.
00:32:08 – 00:32:50 (Séquence 24) : L'affiche de Tinguely a amené un graphisme unique au Festival du Montreux Jazz. Claude Nobs explique que Pierre Keller a donné un sérieux coup de main. La première version de l'affiche avait l'air d'un tas de couleur avec une plume au milieu. Pierre Keller a développé avec Jean Tinguely le logo, qui contenait un feu d'artifice. Pour Claude Nobs, ce design exprimait sa vision du Festival. Cette manifestation est devenue planétaire via les médias, la télévision, les DVD et grâce aux archives qui ont été accumulées depuis plus de 40 ans.
00:33:04 – 00:35:03 (Séquence 25) : L'équipe de programmation Montreux Jazz Festival évite de programmer des artistes en tournée et aime choisir des productions originales. En Suisse il y a plus de 200 festivals en été. Claude Nobs aime pouvoir répondre aux demandes de collaboration des artistes. En 1991, Quicy Jones, qui avait sorti un disque intitulé "Back on the Block" récompensé de sept Grammy Awards et préparé en trois ans en studio, a souhaité enregistrer son disque lors de son concert à Montreux. L’organisation d’une soirée d’un festival exige une importante préparation (réservation des billets d'avion, des chambres d'hôtel et des limousines). Claude Nobs commence à diminuer son activité au sein du Festival pour se concentrer sur des projets spéciaux. Il a une équipe qui découvre de nouveaux talents comme Stevie Ray Vaughan qui était complètement inconnu lors de son passage au festival. Il a payé lui-même ses billets d'avion et a joué sans cachet. David Bowie l'a d’ailleurs repéré lors de cette prestation et l'a invité à participer à son disque. Claude Nobs précise que le Festival permet des moments de découvertes et de magie.
00:35:17 – 00:36:29 (Séquence 26) : Claude Nobs explique que Quincy Jones est une personne importante du Festival, comme l’ont été Raymond Jaussi et Nesuhi Ertegün. La veille de cet entretien, Quicy Jones a célébré ses 78 ans. Claude Nobs s'est entretenu avec lui au téléphone et ils ont parlé du programme du Festival et des 45 ans du Montreux Jazz Festival. En 1991, lors de leur première collaboration, Claude Nobs est allé chez Quincy Jones qui avait organisé sur la grande table de la salle à manger la programmation avec des morceaux de papier sur lesquels étaient inscrits des noms d'artistes tels que Miles Davis, Sting, B.B. King. Ils avaient un programme compliqué et ils devaient l'assembler et le ficeler. Cette édition du Festival fut un énorme succès musical et a permis quelques découvertes.
00:36:43 – 00:37:18 (Séquence 27) : Claude Nobs avoue avoir de la peine à refuser une demande. Il essaie d’éviter de frustrer les musiciens. Il n'engage pas des négociations s’il pense que la collaboration avec l'artiste ne va pas bien se passer.
00:37:33 – 00:38:36 (Séquence 28) : Claude Nobs souligne que le Montreux Jazz Festival est devenu une appellation protégée dans le monde entier sous l'appellation "Montreux Jazz Festival" et "Montreux Jazz Café". Un de ces lieux a ouvert à l'aéroport de Genève et un autre à l'aéroport de Sydney. Claude Nobs précise qu’il est prévu d'ouvrir un grand Montreux Jazz Café à la gare de Lyon et d'autres chez Harrods à Londres, Zurich ou New York ainsi que 30 à 40 Montreux Jazz Café dans plusieurs villes et aéroports. Dans ces cafés, il est possible de visualiser des vidéos de Montreux, de manger de bons mets et d’assister parfois à un concert en direct. Ces points permanents représentent la plus grande promotion du nom de Montreux, du canton de Vaud et de la Suisse. Des festivals nommés Montreux-Tokyo; Montreux-Sao Paulo, Montreux-Atlanta, Montreux-Singapour ont été organisés.
00:38:52 – 00:39:55 (Séquence 29) : Claude Nobs aime le partage. Il dit avoir gardé cette notion de sa formation à l'Ecole hôtelière et dans le domaine du tourisme. Pendant le Festival Montreux Jazz, il reçoit entre 100 à 150 personnes chez lui. Sa maison est ouverte toute l'année, il n'y a pas besoin de s'annoncer à l'avance pour être reçu. On vient boire un verre ou manger un morceau. Sa maison abrite de nombreux objets : sculptures, trains, jukebox. Sa collection de disques compte plus d'un million de titres de musique. Les musiciens viennent chercher des morceaux difficiles à obtenir.
00:40:11 – 00:40:46 (Séquence 30) : Claude Nobs a eu deux gros problèmes de santé, il a subi une opération du cœur et il a souffert d'une erreur médicale. On lui a prescrit de la cortisone en surdosage. Il a perdu de la musculature. Il fait maintenant attention à faire de l’exercice, ce qui n’était pas le cas avant.
00:41:03 – 00:42:16 (Séquence 31) : L'interlocuteur rappelle que les premiers concerts organisés par Claude Nobs ont été donnés il y a 50 ans et que le Montreux Jazz Festival célèbre 45 ans d’existence. Claude Nobs dit avoir remarqué un changement dans la qualité de la production autant au niveau de l’éclairage que du son. Il souligne que tout ce qui a été enregistré a toujours été de bonne qualité. L'équipe est devenue professionnelle. Claude Nobs compte dans son équipe Mathieu Jaton, le secrétaire général et collabore avec Michaela Maiterth à la programmation. Le Festival s’est agrandi et compte désormais de nombreux concerts, workshops et présentations gratuites. Le Montreux Jazz Café est ouvert jusqu'au matin. 18 personnes travaillent à plein temps. 1200 personnes s’activent pendant le Festival. Claude Nobs se considère comme un petit morceau de l’ensemble du Montreux Jazz.
00:42:33 – 00:44:04 (Séquence 32) : Claude Nobs considère que la musique a changé. Elle s’est dégradée à cause de l'utilisation plus fréquente des ordinateurs, il n'y a plus d'instruments naturels, car la trompette ou le trombone sont imités avec des synthétiseurs. Elle a évolué aussi de manière positive. Les jeunes artistes arrivent à donner une prestation en jouant de la guitare. Tracy Chapman a joué la première fois à Montreux seule avec une guitare acoustique. Claude Nobs pense que l'avenir de la musique est assuré. Sur Internet, et à travers le site YouTube, il y a de tout. Il est nécessaire de prendre du temps pour trouver un vrai petit joyau. Il est persuadé que les concerts live comme Montreux et les autres festivals auront de plus en plus de succès, parce que les gens qui sont devant leurs ordinateurs sont seuls. La scène au contraire de l’ordinateur est pour Claude Nobs réelle, vraie et sincère.
00:44:22 – 00:45:24 (Séquence 33) : Claude Nobs a foi en l'avenir. Il adore tout ce qui est technique, informatique et avant-garde. Il possède de nombreux gadgets. Au Montreux Jazz Festival, la haute définition fonctionne depuis 1991. Un premier concert en 3D avec Quicy Jones et Herbie Hancock a été réalisé en 2010 grâce à André Kudelski. Claude Nobs est passionné par la technique, la qualité du son et de l'image, cependant il ne sait rien faire fonctionner seul. Il a toujours quelqu'un près de lui pour l’aider, comme son compagnon Thierry. Il compare la technologie au piano. Il a suivi ses deux premières et dernières leçons à huit ans. Il voulait être tout de suite Oscar Peterson, mais comme jouer d’un instrument n’est pas instantané, il a abandonné.
00:45:42 – 00:46:46 (Séquence 34) : Claude Nobs explique qu'il existe deux fondations : l’une permet de gérer les concerts du Festival, elle est composée des personnes suivantes, André Kudelski, Pierre Landolt, François Carrard et Pierre Keller ; l’autre est destinée au développement et au soutien des jeunes artistes, elle permet l’organisation de trois concours (piano, voix, guitare). Les workshops sont des présentations d'artistes qui expliquent certains thèmes liés à la composition ou l’interprétions. B.B King a expliqué comment jouer le blues en illustrant ses propos par des exemples. Les concerts en plein air sont une partie importante du Festival, une vingtaine de groupes se produit chaque soir au parc Vernex. L'organisation des concerts gratuits, des workshops et des concours coûte plus d'un million. Ces activités sont importantes pour l’image de la manifestation et essentielles pour l'avenir du Festival.
00:47:05 – 00:49:24 (Séquence 35) : L'interlocuteur invite Claude Nobs à parler de sa rencontre avec le patron de l'EPFL Patrick Aebischer. Claude Nobs explique que cet homme a des visions claires et fortes. Il est entouré d’une équipe qui lui permet de réaliser de grand projet comme le Learning Center. Claude Nobs précise qu’il est prévu d'ouvrir un Montreux Jazz Café à l'EPFL. Une équipe de l'EPFL participe à la conservation des archives du Festival en numérisant une partie des fonds. La numérisation est longue et compliquée, car elle doit être effectuée en temps réel. Il faut compter près de trois heures de travail pour une heure de vidéo. Le fonds compte près de 5000 heures de vidéos, soit 15000 heures de travail. Patrick Aebisher soutient le projet. Thierry Amsellem coordonne les archives. Les bandes vidéo doivent être envoyées à Paris pour traitement (décollement, nettoyage, création d’une copie). Claude Nobs rêve de pouvoir tout verser sur Internet. La base de données sera accessible à l'EPFL et une partie dans les Montreux Jazz Café (en fonction des droits). Il était nécessaire de trouver rapidement une solution pour sauver les 30 premières années. Les débuts du Festival ont été filmés sur des bandes 2 pouces. Les boîtes de dix kilos ne donnaient qu'une heure de vidéo et nécessitaient une grande surface de stockage. Un des chalets de Claude Nobs a un abri dans lequel sont déposés les masters.
00:49:43 – 00:50:34 (Séquence 36) : Claude Nobs est paniqué par la vitesse à laquelle passe le temps. Il était hier à Londres, il y a trois semaines chez Quincy Jones à Los Angeles. Le temps réel est devenu du temps informatique. Il dit avoir parfois de courtes colères, mais n’est pas rancunier. Des gens lui ont fait du mal, il pense qu’il en a fait certainement à des gens. Il considère qu'il faut accomplir les tâches avec sourire et philosophie.
00:50:54 – 00:51:04 (Séquence 37) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Claude Nobs, fondateur et producteur du Montreux Jazz Festival, et tourné à Caux (VD) le 15 mars 2011.
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