Jacques Mercanton (Ecrivain)

  • français
  • 1985-11-27
  • Durée: 00:50:47

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Description

Ce Lausannois, "citoyen des rives du lac", est aussi un grand Européen, familier des cultures allemande, italienne, espagnole, anglaise. L'Islam a également retenu son intérêt, mais c'est la culture française qui compte. En une dizaine de récits, nouvelles et romans, on entend une voix au timbre particulier, à la fois allègre et grave, de jubilation claire et d'ombre sourde, voix qui résonne aussi dans les écrits sur l'art, la musique et dans les textes critiques. L'artiste crée l'œoeuvre, le critique l'explore: c'est la même attention émue au mystère de l'homme, à son secret, à son destin.

00:00:00 – 00:00:33 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Jacques Mercanton, écrivain, et tourné à Lausanne le 27 novembre 1985. L'interlocuteur est Christian Sulser.
00:00:33 – 00:02:39 (Séquence 1) : L'interviewer explique que Jacques Mercanton n'aime pas que l'on parle de lui, aussi ne sera-t-il pas ici question de biographie. L'interviewer lui demande quand s'est manifesté son besoin d'écrire. Mercanton réplique qu'il a depuis très jeune le goût de raconter des histoires de manière orale à des enfants comme à des adultes. Puis, il a été en contact avec la littérature enfantine : Mme de Ségur, Jules Vernes, ce dernier générant moins d'enthousiasme chez Mercanton que chez les autres garçons de son âge. Il a aussi lu l'histoire de France vue par Alexandre Dumas. Son premier choc littéraire fut Chateaubriand avec "Les mémoires d'outre-tombe", pour son style qui lui a appris l'affinité profonde entre langage et musique.
00:02:39 – 00:03:43 (Séquence 2) : L'interviewer demande à Jacques Mercanton si c'est la musique du style ou la transformation de la réalité qui l'a attiré très tôt vers la littérature. C'est la première qui a été la plus forte selon Mercanton. Il a aussi réalisé que ce langage ne pouvait être confondu avec la musique. C'est vers 15-16 ans qu'il a réalisé qu'il voulait écrire des romans qui aient une musique propre au langage écrit.
00:03:44 – 00:04:50 (Séquence 3) : L'interviewer demande à Jacques Mercanton ce qu'il a lu après Chateaubriand, entre ses 15 et ses 20 ans. Mercanton explique que vers 1925-1926, à cet âge-là, Chateaubriand n'était publié que sous la forme qu'il avait lors de sa parution, c'est-à-dire dans le journal d'Emile de Girardin peut-être dans "Le Moniteur". Après, c'est Levaillant qui a restitué le véritable dessin des "Mémoires d'outre-tombe".
00:04:51 – 00:06:44 (Séquence 4) : L'interviewer évoque la question des différentes facettes de Jacques Mercanton : écrivain, critique et professeur. Pour Mercanton, le travail de l'écriture est le même que celui de critique, pour autant qu'on définisse correctement ce dernier terme. La critique, telle qu'il l'a pratiquée à la Faculté des lettres pendant 25 ans et au collège classique pendant 15 ans, est une critique d'admiration. Pour lui, il s'agit de communiquer et de faire découvrir la beauté de certains textes à des élèves ou étudiants.
00:06:45 – 00:08:21 (Séquence 5) : Jacques Mercanton répond à la question de sa critique admirative qui s'est posée uniquement sur des œuvres qu'il appréciait. Il avoue avoir toujours choisi des auteurs et des œuvres qui avaient un attrait particulier pour lui, alors que dans l'enseignement, il a dû traiter d'écrivains lui étant antipathiques. Pour autant, Mercanton reconnaît que certains de ses étudiants ont réussi à l'intéresser à des auteurs qui ne l'enchantaient pas au début.
00:08:22 – 00:10:53 (Séquence 6) : L'interviewer rappelle que Jacques Mercanton a été maître de collège, de gymnase, puis professeur d'université et lui demande comment la continuité de son enseignement s'est faite. Pour lui, il n'y en a pas vraiment sauf entre le collège et le gymnase, autant qu'il puisse en juger puisqu'il n'y a fait que des suppléances. Mercanton explique que dans les deux premiers cas, la littérature n'est pas un choix, alors qu'à l'université, il enseignait à des étudiants de seconde partie, c'est à dire de 22-23 ans, qui étaient plus avancés et motivés.
00:10:55 – 00:12:06 (Séquence 7) : L'interviewer de Jacques Mercanton compare Bérénice à son personnage de Maria Laach et demande à Jacques mercanton s'il les aime de la même façon? Mercanton répond que Bérénice appartient à Racine et pourtant il pense la connaître mieux que sa propre héroïne.
00:12:08 – 00:14:11 (Séquence 8) : L'interviewer ajoute un élément au triptyque enseignement-écriture-critique de Jacques Mercanton : le conversationiste. Il cite l'exemple de "La divine comédie" de Dante, dont Mercanton parle volontiers, mais sur laquelle il n'a jamais écrit. Mercanton explique que certaines œuvres lui sont très chères mais qu'il n'a jamais écrit sur elles, car son intimité avec elles lui donne l'impression d'un destin commun avec leurs personnages. Il a aussi peur que le personnage lui échappe une fois mis en scène dans le commentaire.
00:14:14 – 00:15:17 (Séquence 9) : Jacques Mercanton dit que l'écrivain ressemble à un somnambule en créant des personnages, car il se laisse emporter dans la création romanesque comme dans un rêve et que l'écriture travaille pour lui et non l'inverse.
00:15:20 – 00:18:54 (Séquence 10) : Jacques Mercanton parle de son style littéraire qui est défini comme classique. Il explique cet état de fait par son goût pour des écrivains eux-mêmes classiques. Il définit le terme de classique non au sens de l'histoire littéraire, mais car ces écrivains utilisent une langue pure et complexe. Il compare cela à des auteurs modernes qui suppriment la complexité stylistique et favorisent une communication plus directe par la juxtaposition des propos et événements. Mercanton rapproche ces pratiques des premiers chroniqueurs tels Villehardouin : les auteurs modernes renoncent à la subordonnée. Donc, pour Mercanton, les classiques sont les écrivains se préoccupant de l'organisation interne du texte, de son style comme les auteurs de prose du 17ème siècle, Chateaubriand, Proust, Malraux.
00:18:58 – 00:21:04 (Séquence 11) : Jacques Mercanton définit le terme style à la demande de l'interviewer qui lui rappelle son étude sur le cardinal de Retz. Ce dernier a écrit ses mémoires, dans lesquelles il justifie son action politique et cherche à persuader ses lecteurs de la véracité de son propos. C'est grâce à son style réflexif qu'il donne autant de force à ses mémoires. Jacques Mercanton explique la différence entre le style proprement dit d'une œuvre et les différentes manières d'écrire qui existent en rapport avec des domaines comme par exemple le style juridique. Il cherche en fait à définir le style comme art littéraire.
00:21:08 – 00:24:32 (Séquence 12) : Jacques Mercanton parle de la question du style par rapport à celle de la voix de l'écrivain. Il explique que le style échappe aux gens qui n'ont pas d'oreille et qu'il est difficile de transmettre la perception de ce qu'on a saisi dans le livre. Mercanton fait un parallèle avec la vie en général : certains reconnaissent la voix d'une tierce personne avec seulement quelques mots et d'autres doivent être instruits pour entendre cette particularité. Pour lui, ceci est essentiel pour reconnaître le pouvoir de l'écrivain. L'interviewer fait un parallèle avec les musiciens qui possèdent aussi cette voix intérieure selon Mercanton. Certains compositeurs peuvent être reconnus avec quelques mesures, alors que l'œuvre n'est pas encore reconnaissable ou tout simplement encore inconnue de l'auditeur. Mercanton évoque aussi le cas de musiciens trompant leur public de manière inconsciente en gagnant une voix nouvelle ou en généralisant leur message musical pour ne pas être reconnu trop tôt.
00:24:37 – 00:26:07 (Séquence 13) : L'interviewer lance Jacques Mercanton sur le sujet de Chateaubriand et par comparaison sur celui du style littéraire du Général de Gaulle. Mercanton parle d'un essai qu'il a écrit sur le général qu'il ne voulait pas être un manifeste en sa faveur. Il voulait parler de l'écrivain, mais ne pouvait séparer le talent littéraire du général de Gaulle de son génie politique.
00:26:12 – 00:29:44 (Séquence 14) : L'interviewer évoque Maria Lach du roman "L'été des sept-dormants" et la notion de mystère dont Jacques Mercanton a déjà parlé. Il lui demande si ses personnages et les gens en général sont porteurs de mystère. Mercanton répond que certains sont beaucoup plus riches du mystère de leur nature, de leur don et de leur génie que d'autres, plus simples. Il ne croit pas que des personnages absolument dépourvus de mystère existent, puisque ce dernier réside en leur autonomie. C'est aussi vrai dans la vie réelle : tout un chacun admet que l'autre ne se révèle pas tout entier dans une démarche brève et intelligible au premier abord. Il parle aussi de la contradiction intrinsèque à toute nature humaine même si elle peut être étouffée, mais qui existe nécessairement. Il est impossible selon Mercanton de connaître quelqu'un suffisamment pour ne jamais être surpris par lui, même après des décennies. L'interviewer souligne que le même phénomène se produit. Pour Mercanton, c'est une signature interne du personnage qui révèle son identité : il faut donc permettre ce mystère au personnage pour lui donner son épaisseur et vie tout simplement.
00:29:50 – 00:34:24 (Séquence 15) : L'interviewer lance le sujet de la Suisse française que Jacques Mercanton a évoquée auparavant. Il lui demande pourquoi il n'a pas employé le terme de Suisse romande. Mercanton réplique que le terme de romand n'a aucun sens parce que cette épithète se rapporterait à un pays portant le nom de romand et qu'il est en fait une fabrication. Il parle d'un malaise et du ridicule du nom Romandie qui ne correspond à rien de précis. La Suisse française est selon lui non pas cinq cantons mais trois parlant français exclusivement et deux autres - Valais et Fribourg - qui sont bilingues. Pour lui le terme de Suisse française est plus juste car il indique une appartenance à la patrie suisse et celle à la culture et la civilisation françaises. Il explique que les français eux-mêmes ne sont pas très nets à cet égard car ils se distancient des romands. Mais Mercanton pense que la France est la nation la plus réussie de l'histoire de l'Occident notamment grâce à la dynastie capétienne et des frontières qu'il juge admirablement tracées, tout du moins en comparaison avec cette malheureuse Suisse. Il la trouve malheureuse car elle est appelée alémanique et que les Suisses français n'aiment pas beaucoup l'allemand, notamment à cause de l'histoire des deux guerres quand la Suisse s'est divisée sur le parti à prendre.
00:34:31 – 00:36:27 (Séquence 16) : L'interviewer parle à Jacques Mercanton des paysages de ses romans : l'Engadine, le Danube, le Maroc, l'Espagne ou l'Italie. Il lui demande donc quel est son attachement à ces paysages. Mercanton explique qu'il y a séjourné, parfois en vacances, ou en voyages d'études, etc. Il rappelle qu'il a été critiqué pour avoir donné à son œuvre une physionomie cosmopolite et y répond en expliquant que Lausanne étant elle-même cosmopolite, il n'aurait eu qu'à y rester s'il avait voulu un tel effet dans ses romans. Pour lui, Lausanne est même plus cosmopolite que Genève
00:36:34 – 00:40:09 (Séquence 17) : Jacques Mercanton explique qu'on lui a reproché de ne pas situer ses personnages dans le paysage où lui-même était né. Il explique la nécessité pour lui d'aller ailleurs que ces lieux qu'il connaissait bien comme le Lac Léman car le fait de découvrir un paysage et ses habitants constituent un événement au même titre que la lecture. Il dit être particulièrement attaché à Ouchy. Mercanton ajoute qu'il pense appartenir, notamment par son hérédité, à cette partie de la Suisse française qui est les bords du Lac Léman, le pays de Vaud, donc particulièrement française puisque délivré du joug Bernois par les Français et inscrit dans la république helvétique par Napoléon. Pour lui, cette partie de la Suisse est devenue Suisse par la volonté d'un empereur français. Il ajoute que les Savoyards ont été vaudois et que le canton de Vaud a appartenu à la Savoie pendant des siècles et que Lausanne a été une grande cité quand elle avait un évêque.
00:40:16 – 00:41:21 (Séquence 18) : Jacques Mercanton évoque son exploration du cœur humain dans ses romans prenant la forme de quêtes psychologiques. Il estime en effet que la psychologie ne couvre qu'une petite partie de la nature humaine et qu'il est inutile d'y chercher la vérité ultime des choses et des hommes.
00:41:29 – 00:43:22 (Séquence 19) : Jacques Mercanton répond à la question de l'histoire de l'Europe qu'il aurait vécue comme "grande blessure du temps". Il explique qu'il était trop jeune lors de la première guerre mondiale mais qu'il a eu néanmoins l'impression que cette guerre mettait en cause le destin de l'Europe. S'est ensuivie une période de ce qu'il appelle une triste euphorie dès 1918 quand la bourgeoisie croyait pouvoir revenir à la belle époque.
00:43:31 – 00:46:02 (Séquence 20) : Jacques Mercanton répond à la question de la présence de la mort dans ses romans comme métaphore de l'histoire. Il explique que pour lui cela est profondément lié : dès 1929, quand il avait 19 ans, lors du krach de Wall Street puis de l'arrivée au pouvoir d'Hitler, il a compris qu'on allait vers la guerre inéluctablement donc vers la mort. Il ajoute même que les événements ont poussé les gens à souhaiter la guerre, donc une espèce de mort, entre l'avènement du Troisième Reich jusqu'à l'invasion de la France par l'Allemagne.
00:46:11 – 00:46:32 (Séquence 21) : Sur la question de la mort, l'interviewer évoque les figures de Churchill et de de Gaulle comme remparts. Pour Jacques Mercanton, ces hommes se sont dressés contre le mal absolu qu'est la mort.
00:46:41 – 00:48:57 (Séquence 22) : L'interviewer évoque la dernière phrase d'un des romans de Jacques Mercanton : "Mes destins sont aveugles, ils ne chassent pas pour moi". Pour l'interviewer, le destin est un des grands personnages de Mercanton, outre Maria Lach. Pour ce dernier, cela ne fait aucun doute : Maria Lach qui prononce cette phrase a le sentiment qu'elle a été et demeure dans un état d'égarement, car le monde entier l'est aussi pour elle. Cette citation est motivée par un proverbe schleu, donc berbère, qui signifie que le triomphe du mal, c'est l'absence de tragique, car le fatalisme est le contraire du tragique qui, lui, implique l'espérance, laquelle s'évanouit continuellement au cours du livre.
00:49:07 – 00:50:02 (Séquence 23) : Jacques Mercanton pense que notre temps est marqué et menacé par le destin. L'interlocuteur dit que nous pouvons en un mot pour la première fois nous détruire, ce à quoi Mercanton répond que chacun le sait. Il dit pouvoir espérer que le monde a maintenant tellement de force qu'il n'est plus capable de se détruire parce qu'il sera détruit lui-même. C'est un paradoxe dont on ne peut faire une vue historique, c'est une manière de respirer.
00:50:13 – 00:50:36 (Séquence 24) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Jacques Mercanton, écrivain, et tourné à Lausanne le 27 novembre 1985.
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