Ruth Dreifuss (Conseillère fédérale - Du social au politique, pour une politique sociale)

  • français
  • 1995-04-21
  • Durée: 00:50:00

Die unten dargestellten Filmaufnahmen werden Ihnen über Vimeo (https://vimeo.com/) zur Konsultation angeboten.

Description

Elle puise sa volonté de savoir dans le climat familial, tout de tendresse et de sécurité, de fierté réciproque et de respect mutuel. Entrée en politique pour contribuer à organiser pacifiquement une société qui donnerait sa chance d'épanouissement à chacun, Ruth Dreifuss travaille à rendre le langage administratif plus transparent et à favoriser la participation des citoyens à la chose sociale. Itinéraire d'une femme de notre temps.

00:00:00 – 00:00:38 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Ruth Dreifuss, conseillère fédérale, et tourné à Berne le 21 avril 1995. L'interlocutrice est Joëlle Kunz.
00:00:38 – 00:01:59 (Séquence 1) : L'interlocutrice demande à Ruth Dreifuss si être conseillère fédérale depuis mars 1993 lui plaît et pourquoi. Ruth Dreifuss répond qu'elle aime beaucoup cette fonction car elle a la chance de pouvoir assumer des responsabilités. Elle ajoute que c'est un métier passionnant et divers où elle peut utiliser tant ses qualités que ses défauts. Elle avoue en apprécier également les privilèges comme le fait de pouvoir convoquer tel artiste ou tel scientifique pour discuter avec lui. De fait, elle se considère comme Catherine de Russie qui faisait venir à sa cour les esprits les plus brillants de son époque.
00:02:00 – 00:03:00 (Séquence 2) : Ruth Dreifuss parle de son goût d'apprendre et savoir, ce qu'elle appelle sa curiosité. Elle explique la tenir de son père qu'elle a toujours vu en train d'apprendre et fier d'être un autodidacte. Elle dit avoir été émerveillée par la lecture dès son plus jeune âge et souligne le rôle stimulant de son frère.
00:03:01 – 00:04:56 (Séquence 3) : Ruth Dreifuss parle de sa famille et du climat particulier de tendresse, de sécurité et de fierté mutuelle qui y régnait. Cela en faisait un milieu protégé par rapport au monde extérieur hostile. Ruth Dreifuss replace sa famille dans la tradition juive de la culture et de la connaissance. Elle donne l'exemple de la fête de Pâques où un des moments centraux est la pose de tous types de questions par les enfants aux parents. Dans les faits, son père était commerçant mais malheureux en affaires, et sa mère était au foyer. Sa famille était donc traditionnelle avec notamment le "garçon" représenté par son seul frère aîné.
00:04:57 – 00:06:14 (Séquence 4) : Ruth Dreifuss évoque sa naissance à Saint-Gall et du contexte de l'époque. Son père travaillait au bureau des réfugiés pour l'œuvre d'entraide juive, main dans la main avec le chef de police de la ville pour empêcher l'expulsion des juifs venus d'Allemagne. Or, ce commandant Grüninger avait été renvoyé au moment où Ruth Dreifuss est née car il avait falsifié des papiers d'entrée pour des juifs. La vie était donc difficile, notamment économiquement. Son père a donc déplacé la famille à Berne où elle a passé encore trois ans, jusqu'à la fin de la guerre. Ruth Dreifuss a grandi ensuite à Genève.
00:06:15 – 00:07:16 (Séquence 5) : Ruth Dreifuss parle de la guerre, qu'elle percevait via ses parents, les récits des clandestins passant par leur appartement, et la radio. Elle donne l'exemple d'Oradour qui l'a marquée grâce à la radio. Ruth Dreifuss raconte comment son père marquait sur une carte l'avancée du nazisme. Elle explique comment, après la guerre, elle a découvert la réalité des crimes nazis et la peur de la bombe atomique s'est enclenchée.
00:07:18 – 00:08:23 (Séquence 6) : Ruth Dreifuss parle de son enfance et de son rapport à la guerre : elle aimait la résistance et la volonté de survivre plutôt que de vivre dans la peur. Ceci était notamment possible grâce au bonheur familial qu'elle vivait au quotidien. Ruth Dreifuss parle donc d'une dichotomie intérieur-bonheur versus extérieur-malheur et du fait que le bonheur existe mais doit se construire, comme dans sa famille.
00:08:25 – 00:10:33 (Séquence 7) : Ruth Dreifuss parle de sa perception de la guerre et de l'holocauste, enfant. Elle raconte l'anecdote d'un de ses maîtres d'école antisémite qui l'empêchait de s'épanouir. Elle lui avait alors écrit un martyrologe des juifs s'achevant à l'holocauste pour lui ouvrir les yeux et il avait cessé de faire des remarques antisémites par la suite.
00:10:35 – 00:11:10 (Séquence 8) : Ruth Dreifuss parle de son goût pour la politique : ses années d'adolescence lui ont fait découvrir le socialisme et la barbarie. Elle a donc réalisé qu'il fallait entrer en politique pour concrétiser une société pacifique et morale.
00:11:13 – 00:12:01 (Séquence 9) : Ruth Dreifuss explique n'avoir jamais eu d'autre passion que de comprendre comment la vie s'organise et de concrétiser une organisation sociale.
00:12:04 – 00:13:27 (Séquence 10) : Ruth Dreifuss répond à la question de sa réaction face à une situation insoutenable. Elle explique la nécessité de la patience mais aussi l'importance de l'activisme pour le militant. Dans les choses qui lui paraissent insupportables, elle cite le statut du saisonnier. Elle prône la dénonciation immédiate et constante de l'insoutenable comme meilleure forme d'action mais rappelle qu'il faut du temps pour agir.
00:13:30 – 00:15:01 (Séquence 11) : Ruth Dreifuss répond à la question de sa réaction face à une situation insoutenable. Elle explique la nécessité de la patience mais aussi l'importance de l'activisme pour le militant. Dans les choses qui lui paraissent insupportables, elle cite le statut du saisonnier. Elle prône la dénonciation immédiate et constante de l'insoutenable comme meilleure forme d'action, mais rappelle qu'il faut du temps pour agir.
00:15:05 – 00:16:41 (Séquence 12) : Ruth Dreifuss répond à la question de ses ennemis. Elle ne se connaît en majorité que des adversaires plutôt que des ennemis. Si elle peut détester des gens, ses vrais ennemis sont abstraits, comme les idées portées par ces personnes. Elle parle de sa propre hypocrisie de fréquenter des figures politiques qu'elle abhorre mais qu'elle rencontre finalement rarement en face.
00:16:46 – 00:18:20 (Séquence 13) : Ruth Dreifuss parle de son dégoût de l'héroïsme et fait l'éloge du citoyen ordinaire et de la médiocrité dans le sens de non-héroïsme. Elle préfère une société qui promeut le dépassement de soi à un niveau intellectuel, la tendresse et l'organisation de la vie simple et amicale. Ruth Dreifuss explique détester les situations qui demandent de l'héroïsme comme la guerre par exemple ou qui empêchent l'homme de travailler de lui-même. Elle est en effet pour ce que le biologiste français Jacob appelle "la construction de la statue intérieure", le but ultime de l'humain selon elle.
00:18:25 – 00:19:37 (Séquence 14) : L'interlocutrice demande à Ruth Dreifuss de commenter la phrase de Giono sur l'homme qui aurait plus besoin de perdre son souffle que de respirer. Ruth Dreifuss fait l'éloge de la respiration comme communication entre intérieur et extérieur et prône aussi la perte de souffle comme expression de l'émotion et de la passion. Elle explique son éloge de la médiocrité non pas comme éloge de l'indifférence, ni du calme, mais comme éloge de la vie ordinaire et pleine, celle d'un arbre par exemple.
00:19:43 – 00:20:26 (Séquence 15) : Ruth Dreifuss parle de son héroïsme réformiste qui prend la forme de la patience. Elle fait le rapprochement avec la Suisse qui donne la possibilité à ses citoyens de déployer cet héroïsme. Elle cite en exemple le combat féministe suisse pour le droit de vote et d'éligibilité et de l'avocate Emily Kempin Spyri : ceci est de l'héroïsme pour Ruth Dreifuss.
00:20:32 – 00:23:10 (Séquence 16) : Ruth Dreifuss raconte comment, après ses études secondaires, elle a dû renoncer à faire des études universitaires car ses parents ne pouvaient financer que celles de son frère. Ceci fut renforcé par ses faibles résultats scolaires. A la demande de son père, pour subvenir à ses besoins en attendant le mariage, elle fait l'école de commerce et devient secrétaire. Elle devient par la suite travailleuse sociale, après en avoir fait la formation à Genève, car elle vise plus haut. C'est lors de ses différents stages qu'elle découvre la réalité sociale et la pauvreté en Suisse. Elle réalise alors à quel point la société suisse est mal préparée à lutter contre l'exclusion et la pauvreté. Elle donne l'exemple de son stage chez le Tuteur général où il est presque impossible de rompre avec le cercle vicieux d'enfants placés dans des institutions non adaptées à leurs besoins particuliers. Ruth Dreifuss a donc réalisé que c'est en entrant en politique plutôt qu'en travaillant de manière individuelle sur le terrain qu'elle changerait la situation. Elle choisit alors le Parti socialiste.
00:23:17 – 00:24:56 (Séquence 17) : Ruth Dreifuss explique comment elle gagne sa vie tout en étant au Parti socialiste : elle monte avec des amis un journal sur le socialisme au quotidien, "Domaine public". Mais dès le premier numéro, ils réalisent qu'il leur manque une vision économique. Elle se décide donc à reprendre des études économiques à l'Université du soir à Genève ce qui est facilité par ce qu'elle appelle "l'époque Chavannes" et par une bourse.
00:25:03 – 00:27:01 (Séquence 18) : Ruth Dreifuss parle de son activité féministe et socialiste : elle se dit membre d'une minorité – les femmes socialistes – au moment où elle s'engage politiquement. Elle explique qu'elle ressentait ce qui-vive, cliché juif, au quotidien. Néanmoins, elle parle de son bonheur de pouvoir enfin voter et élire, d'être enfin citoyenne. A l'époque, elle pensait qu'une fois cette bataille féministe gagnée il n'y en aurait plus à mener. Elle se souvient du mouvement qui se développait en parallèle : le nouveau féminisme qui s'attachait à des notions qui lui étaient indifférentes car son modèle familial avait été heureux.
00:27:09 – 00:29:09 (Séquence 19) : Ruth Dreifuss explique sa position par rapport au mariage : en tant que projet économique de son père, elle n'en avait plus besoin car elle travaillait. Et en tant que modèle de vie affective, elle en a choisi un autre. Se sachant entourée, de sa famille et de ses amis, elle veut vivre seule et réussir sans souffrir de sa condition de femme. Ruth Dreifuss explique que sa génération a été très libre car elle s'est libérée des contraintes du statut de femme sans encore en récupérer d'autres. Elle cite en exemple son frère à qui on a imposé un cursus et une carrière. Ruth Dreifuss considère qu'elle-même appartient à une génération à qui on tolérait qu'elle s'occupe mais de meilleure façon qu'avec le tricot des grands-mères. D'où une très grande liberté entre exclusion et intégration selon elle. Ruth Dreifuss parle aussi de la libération sexuelle que sa génération a connue.
00:29:17 – 00:30:03 (Séquence 20) : L'interlocutrice explique comment Ruth Dreifuss a été nommée secrétaire de l'Union syndicale suisse au début des années 1980, pour assurer les quotas féminins. De la même façon, elle est devenue conseillère fédérale. Ruth Dreifuss explique que, plus qu'une femme-alibi, elle fait partie d'une vague. Elle-même est pour les quotas afin de lutter contre la facilité de prendre des hommes pour les responsabilités sous prétexte qu'on l'a toujours fait ainsi.
00:30:11 – 00:31:37 (Séquence 21) : Ruth Dreifuss parle de la conciliation entre responsabilités politiques et professionnelles, et la vie familiale. Elle explique que cela dépend de chaque femme, de son organisation, notamment avec le partage parfois des tâches avec son conjoint. Elle-même pense qu'elle n'aurait pu concilier les deux, ce pourquoi finalement elle est restée célibataire, sans enfants. Elle en profite pour citer l'incompatibilité du travail et de la vie de famille : les femmes se privent de s'épanouir professionnellement tandis que les hommes, en travaillant pour faire carrière, ne peuvent accéder à une vraie vie familiale. Ruth Dreifuss explique en effet que le pays ne possède pas assez d'institutions, comme des crèches, des assurances maternité ou des congés parentaux, pour permettre ne serait-ce que de choisir une organisation qui convienne à chacun.
00:31:46 – 00:33:01 (Séquence 22) : Ruth Dreifuss parle de l'égalité des chances entre hommes et femmes en Suisse qui régresse à cause de la crise économique. Il y aurait selon elle un retour de la famille traditionnelle où l'homme travaille à l'extérieur et la femme est à l'intérieur. Elle rappelle qu'à chaque crise on reproche aux femmes de voler le travail des hommes et on loue la vie de famille pour les femmes. Pour Ruth Dreifuss, ce modèle n'est pas forcément à blâmer tant qu'il n'est pas une impasse ou un ghetto féminin. Ceci est aussi valable pour le travail féminin.
00:33:10 – 00:34:15 (Séquence 23) : Ruth Dreifuss parle de la résistance en Suisse à l'égalité des chances : elle considère que cette résistance est idéologique mais aussi liée à l'expérience de chacun. Elle cite en exemple un ami militant du Mouvement des familles qu'elle admire beaucoup. Cet homme avait vu sa mère travailler tout en élevant des enfants et tenant le ménage : il s'était donc promis que sa femme n'aurait jamais à travailler et comprenait donc mal le discours de Ruth Dreifuss. Cette dernière ne veut pas forcément changer de modèle mais ouvrir un espace de libertés où les hommes peuvent aussi faire le choix d'une vie de famille et où on donne aux femmes la possibilité de sortir de leur rôle millénaire.
00:34:24 – 00:37:30 (Séquence 24) : L'interlocutrice rappelle que Ruth Dreifuss a obtenu sa licence économique en 1972 et travaille pour la Coopération Suisse au développement. C'est là son expérience du monde. Ruth Dreifuss explique que cet engagement découle de l'échec de son projet d'aller vivre au Chili et d'y aider à construire une société meilleure. Elle a choisi de travailler à la Coopération car elle devait gagner sa vie et que le Tiers-Monde était pour elle une suite logique. Elle a travaillé avec le Paraguay, Haïti et le Brésil, des pays de dictature. Mais 10 ans après, elle a eu le sentiment que si ce travail était important pour la Suisse et les pays aidés, il était naïf de prendre ce type de décisions, assise dans un bureau à Berne. Ruth Dreifuss voulait plus de comptes à rendre : c'est le choix du syndicalisme.
00:37:40 – 00:38:31 (Séquence 25) : Ruth Dreifuss explique son choix du syndicalisme et comment elle y est entrée : l'Union syndicale suisse USS était engagée mais contrainte dans le combat pour l'égalité homme-femme. Elle a été engagée comme la première secrétaire féminine. Ruth Dreifuss s'est passionnée alors pour le droit du travail.
00:38:41 – 00:39:20 (Séquence 26) : Ruth Dreifuss explique qu'elle se sent née pour servir une cause avec ce qu'elle a eu la chance d'apprendre et les outils qu'elle a acquis au fil de ses expériences. Elle se sent en effet redevable puisqu'elle fait partie de ces femmes, issues de familles plutôt pauvres, qui ont eu accès à l'éducation.
00:39:31 – 00:42:02 (Séquence 27) : Ruth Dreifuss parle de son rôle de conseillère d'Etat et de sa capacité à décevoir ou non ses électeurs. Elle veut rendre la politique plus transparente et rendre plus responsables et conscients les citoyens. Elle prône une vision où état et société se complètent et se contrebalancent dans leurs rôles et actions. Ruth Dreifuss explique ensuite quel pouvoir elle a et quel impact cela a sur son travail exécutif et administratif.
00:42:13 – 00:44:31 (Séquence 28) : Ruth Dreifuss parle de l'administration et de son arrogance. Elle explique en quoi consistent réellement son travail et son rôle dans son mandat et en quoi cela implique des déceptions du côté des citoyens.
00:44:42 – 00:45:52 (Séquence 29) : Ruth Dreifuss commente le fait que même conseillère fédérale, elle prend les transports en commun. Elle le fait pour promouvoir les transports publics et éviter de polluer, de manière générale. Elle insiste sur l'importance des parcs, transports et bibliothèques publics et sait qu'en dégageant des fonds par exemple sur l'assurance invalidité, on peut mettre en place de telles institutions.
00:46:04 – 00:48:19 (Séquence 30) : Ruth Dreifuss parle de la dichotomie entre espace public et espace privé, elle affirme l'importance des deux. Pour elle, le public doit ménager le privé sans abandonner les gens à eux-mêmes, par exemple pour limiter la violence domestique. La sphère publique doit pouvoir entrer dans la sphère privée et la protéger. La société, en tant que responsabilité collective, doit donner la possibilité aux familles d'avoir des enfants et surtout de bien les élever. Elle explique les pouvoirs et contre-pouvoirs en jeu dans ce type d'engagement et cite son élection de mars 1993 comme exemple : en élisant une femme, certains citoyens ne souhaitaient peut-être pas l'élire, elle. Elle se permet donc de les prévenir de ne pas trop déléguer.
00:48:31 – 00:49:09 (Séquence 31) : Ruth Dreifuss parle de l'héritage qu'elle aimerait laisser : avoir résolu petits et grands problèmes et avoir créé une société où les gens ont moins peur, sont conscients de leur propre dignité et capables de participer.
00:49:22 – 00:49:46 (Séquence 32) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Ruth Dreifuss, conseillère fédérale, et tourné à Berne le 21 avril 1995.
Lien aux découpage sur la base de données original
Ce document a été sauvegardé avec le soutien de Memoriav.
304 Documents dans la collection