Bruno de Kalbermatten (Industriel)

  • français
  • 1996-09-22
  • Durée: 00:49:58

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Description

Né à Brigue, puis transplanté à Lausanne où il fait ses humanités avant d'entrer à l'Ecole polytechnique de Zurich, Bruno de Kalbermatten offre le profil singulier d'un industriel romand de culture maternelle alémanique. L'entreprise Bobst, sise à Prilly, à laquelle il a consacré près de cinquante ans de sa vie, est la plus importante usine vaudoise, avec ses ramifications dans le monde entier. Portrait attachant d'un homme qui a uni l'imagination à la technique.

00:00:00 – 00:00:21 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Bruno de Kalbermatten, industriel, et tourné à l'usine Bobst S.A. à Prilly le 27 septembre 1996. L'interlocuteur est Bertil Galland.
00:00:21 – 00:02:37 (Séquence 1) : L'interviewer rappelle que Bruno de Kalbermatten a travaillé 46 ans dans l'entreprise Bobst. L'entreprise porte le nom de sa femme, Josette Bobst dont le grand-père en fut le fondateur. Bruno de Kalbermatten explique que Joseph Bobst était un typographe qui a quitté Oensingen pour s'établir à Lausanne. Il avait commencé à travailler dans l'imprimerie du journal "24 heures", puis s'est mis à son compte, en ouvrant un magasin de matériel graphique, à la rue du Pont et à la rue du Flon. Au début de la première guerre mondiale, son fils Henri Bobst est venu de Zurich à Lausanne pour aider son père. Pendant ce contexte belliqueux, ils ont dû trouver les moyens de survivre. Dans les années 1920, au vu des difficultés économiques, Henri Bobst s'est intégré à l'entreprise Marinoni en Alsace, à Strasbourg, spécialisée en Offset. Marinoni a acheté une partie du travail de Bobst.
00:02:37 – 00:06:31 (Séquence 2) : Bruno de Kalbermatten indique que l'entreprise Bobst produit des machines pour le façonnage et l'impression du carton simple, mais également de type ondulé et destiné à devenir un emballage, ainsi que du plastique. Ce travail se révèle assez difficile, car il nécessite une grande précision et une rapidité d’exécution à cause d’un Bruno de Kalbermatten précise que les premières machines développées par Henri Bobst étaient destinées à produire du carton brut. Peu à peu, il a voulu fabriquer des emballages de consommation courante, comme des étuis à aiguilles. Vers 1935, il a créé l'Autovariable, une machine qui découpe avant d'imprimer, ce qui permet d'économiser du carton et surtout d’assembler un emballage Bruno de Kalbermatten raconte qu'en 1935, Henri Bobst a quitté l'Alsace et est devenu indépendant à Lausanne. En Allemagne, il achète des brevets et lance son produit : l'Autovariable. La machine remporte un franc succès dans les entreprises intégrées, car elle leur offre une autonomie vis-à-vis des imprimeurs. En effet, les créateurs de produits peuvent élaborer leurs propres étiquettes, comme la fabrique de thé "Lyons" à Londres, ou les producteurs de pâtes et riz "Rivoire et Carret". Cet engin permet d’accomplir un travail assez précis, bien que de qualité inférieure à celui des professionnels offset.
00:06:32 – 00:08:06 (Séquence 3) : Bruno de Kalbermatten retrace qu'en 1935, Henri Bobst a construit son usine à Prilly moyennant un emprunt de 200000 francs ; la famille Mercier qui avait déjà financé son père, Joseph Bobst, a prêté 200000 francs ; enfin, le beau-frère du nom de Rüttimann, un ingénieur qui avait participé à la construction de la Barberine, a avancé la même somme. Cependant, de Kalbermatten n'a pu vérifier l’authenticité de ces chiffres. L'apport et la confiance des Mercier ont été déterminants. Les débuts de l'usine ne se sont pas avérés être fructueux dans les années 1917-1919, et c'est seulement dans les années 1930 qu'elle a rencontré un succès financier grâce à la création de l'Autovariable. Cette machine a connu une longévité jusque dans les années 1950.
00:08:07 – 00:08:42 (Séquence 4) : Bruno de Kalbermatten indique que l’invention de l'Autoplatine s’est révélée être une grande idée. Cette machine découpe et façonne le carton uniquement. Henri Bobst a développé ce projet avec son constructeur-chef s’appelant Curie, dont la sortie a été réalisée en 1940. Malheureusement, la guerre a bloqué tout le processus, ce qui en conséquence a affaibli les concurrents allemands et, simultanément, offert la possibilité à Bobst et son responsable de parachever certains aspects de l’appareil pour la fin de la guerre.
00:08:43 – 00:11:15 (Séquence 5) : Bruno de Kalbermatten raconte qu’en 1945, l’entreprise, de taille plutôt modeste, emploie 200 personnes. La pression de la demande est devenue très forte en Europe pendant cette période qui coïncide avec le début du développement de la consommation. En 1945, leur chiffre d'affaires se situe entre un et deux millions de francs suisses et atteint entre sept et huit millions de francs suisses en 1950, année de l’entrée de Bruno de Kalbermatten dans la société. En 1948, Henri Bobst est parti aux Etats-Unis pour essayer de conquérir le continent outre-Atlantique. Bruno de Kalbermatten avoue qu'Henri Bobst n'était pas vraiment apte à s’emparer du marché américain. Il était accompagné par un homme qui maîtrisait l’anglais. Sa première tentative a été un échec, car la machine ne correspondait pas aux besoins étatsuniens. Toutefois, après un travail intensif en usine en Suisse, ils ont produit un second modèle qui a remporté du succès aux Etats-Unis. Bruno de Kalbermatten explique qu'Henri Bobst a développé des machines à un moment opportun. En Europe la consommation s’accroît de manière importante et aux Etats-Unis s’ouvre aussi un marché prometteur. Bobst étant très proche des utilisateurs, il a pu développer différents appareils pour compléter sa gamme de produits. Les machines sont destinées à travailler uniquement le carton plein, c’est-à-dire la boîte pliante. Par la suite, ils ont utilisé le même procédé pour le carton ondulé et, à l’heure actuelle, l'usine est fortement implantée dans ce secteur.
00:11:17 – 00:12:09 (Séquence 6) : Le lieu de naissance de Bruno de Kalbermatten se situe à Brigue. Il y a vécu de 1924 à 1935 avec sa famille dont le père était chirurgien de profession. De Kalbermatten a réalisé ses premières études en langue allemande. Ils ont ensuite quitté Brigue pour Lausanne, sa mère ayant à cette période perdu trois enfants sur sept. Le départ de Brigue a coïncidé à un moment où son père, âgé de 50 ans, a ressenti des difficultés avec ses mains, ce qui a menacé l’exercice de son métier.
00:12:12 – 00:13:50 (Séquence 7) : Bruno de Kalbernmatten dit que sa famille était très liée aux Kalbermatten du Valais. Son grand-père paternel avait eu dix enfants dont cinq garçons. Ils allaient régulièrement à Sion pour les vendanges et les fêtes de famille. Ils se retrouvaient aussi à Morgins, dans un chalet utilisé comme lieu de rencontre familial et qui appartenait à sa mère, originaire du Bas-Valais et s’appelant Jeanne De Vera avant son mariage. Le chalet était également un coin d'accueil des filles non mariées. Bruno de Kalbermatten exprime son admiration et son respect pour son oncle Paul, mari de Madame Burnat-Provins et brillant ingénieur. Il avait étudié et conçu les aménagements hydrographiques du Congo et d'Iguaçu.
00:13:53 – 00:14:30 (Séquence 8) : Bruno de Kalbermatten explique qu'il a entretenu des contacts avec des pays étrangers par le biais de sa famille expatriée. Une de ses tantes était secrétaire de Van Zeeland, en Belgique. Elle avait un caractère européen très marqué. Un de ses oncles exerçait le métier d’architecte à Paris. Toutefois, vu que la profession de son père, pratiquant la médecine, offrait à sa famille une situation économique modeste, leurs liens avec la parenté émigrée étaient plutôt limités.
00:14:34 – 00:15:05 (Séquence 9) : Bruno de Kalbermatten souligne que dans sa famille se trouvent plutôt des "Homo faber", c’est-à-dire des médecins, des architectes et des ingénieurs. Lorsqu’il était enfant, il se passionnait plus pour le bricolage que pour la lecture, en particulier le jeu "mécano" qui a contribué à forger son esprit créatif. De manière générale, sa famille ne s’intéressait guère à la lecture, sauf à l’histoire, dont le père était captivé.
00:15:10 – 00:16:47 (Séquence 10) : Bruno de Kalbermatten a participé au scoutisme, moyen pratique à ses yeux pour se socialiser. Il a pratiqué différents sports, notamment avec Monsieur [ Iffland ], et au collège classique dont la période cadrait avec son départ de Brigue pour Lausanne. Il accorde peu d’importance dans sa vie au changement du contexte religieux. En effet, il a quitté un canton catholique pour une ville protestante qui a exercé sur lui une certaine séduction. Il a passé le premier trimestre du collège à la Riponne, ensuite à Béthusy. Il a été très bien accueilli par son directeur Camille Dudan, un homme qu'il respectait et qui lui a apporté son soutien. De Kalbermatten a appris à écrire le français et le latin grâce à des cours particuliers. L'interviewer demande à Bruno de Kalbermatten si son bilinguisme a été un avantage lorsqu'il a joué un rôle dans l'économie suisse. Celui-ci acquiesce en soulignant que ses débuts d’études à Brigue lui ont donné une connaissance des deux cultures. Il parle couramment le suisse allemand et l'allemand.
00:16:52 – 00:18:48 (Séquence 11) : Bruno de Kalbermatten évoque une tradition familiale selon laquelle chaque membre finit ses études en Suisse alémanique en étudiant la philosophie thomiste. Ainsi, son père est allé à Einsiedeln, tandis que lui-même s’est rendu à Engelberg durant deux ans après le collège classique, dans un internat dont il a bien supporté la vie et la discipline. Il a découvert pendant cette période le tempérament suisse allemand et le ski. Bruno de Kalbermatten raconte qu'à l'internat il s'est vite habitué au tempérament des Suisses allemands et a opéré une sélection de ses copains parmi les Romands. En ce qui concerne les branches enseignées, les mathématiques et la physique l’ont tout particulièrement intéressé. En revanche, il n'a jamais compris la chimie et a eu de la peine à assimiler la philosophie s’étalant sur six heures hebdomadaires. Le soir, un Père leur prodigue à nouveau les cours en français. De Kalbermatten décrit finalement Engelberg comme un endroit isolé auquel on accède par le train ou le bateau et dont la fin du vallon s'appelle "Ende der Welt", signifiant en allemand "la fin du monde".
00:18:54 – 00:20:50 (Séquence 12) : Bruno de Kalbermatten explique qu'après la période de l'internat à Engelberg, il est allé à Zurich. Il a hésité dans le choix de ses études. Il voulait d’abord être diplomate. Puis, grâce à un cousin ingénieur civil, il s’est décidé pour l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, ce qui a favorisé le développement de son indépendance. L'interviewer rappelle que Bruno de Kalbermatten noue un contact très aisé avec les autres et exprime une autorité naturelle, ce qui lui a rendu service. Celui-ci suppose que c'est une possibilité vraisemblable. Par ailleurs, il a manifesté une attitude ambivalente, balancé entre son rêve de diplomate et son intérêt de la technique. Le choix s'est fait de manière fortuite : en allant trouver des amis à Zurich, il a décidé d’y rester pour s’engager dans une carrière professionnelle. L'ambiance était bonne, et une société d'étudiants l'avait bien accueilli. Il accorde une importance particulière à ces aspects, car sa maturité en mention "latin-grec" n’a pas facilité son début de parcours académique au "Poly". Bruno de Kalbermatten dit avoir étudié à l'Ecole polytechnique de Zurich. Il a obtenu un Diplôme d'ingénieur de machines textiles. Il a d’abord imaginé un projet de départ pour Londres, dont le cousin diplomate l’a dissuadé, puis pour les Indes. Cependant, au même moment, ses relations avec sa future femme se sont développées et son futur beau-père lui a proposé de travailler avec lui.
00:20:56 – 00:21:27 (Séquence 13) : Bruno de Kalbermatten relate les circonstances de sa rencontre avec sa femme, Josette Bobst. Un ami et lui-même ont fait un jour de l'auto-stop pour rentrer en Suisse romande, chez la future femme de de Kalbermatten, que connaissait son ami. Les parents de celle-ci ont été absents et ils ont passé une agréable soirée. C'était en 1947.
00:21:33 – 00:23:41 (Séquence 14) : Bruno de Kalbermatten explique qu'à cause de la guerre, il a passé une année, puis six mois à l'armée. Ce qui a compliqué sa formation, car loin de l'enseignement zurichois, il a vite perdu le contact avec la réalité estudiantine. Il a accompli son école de recrues avant la guerre. Bruno de Kalbermatten reconnaît que son parcours militaire a profité à sa carrière professionnelle, sur les plans organisationnel, relationnel et de commandement. Il ne vouait pas une passion à la formation militaire, mais plutôt à l'organisation. Il est devenu commandant de compagnie d'état-major et a été ensuite promu à l'état-major de bataillon de régiment. Il a connu Georges-André Chevallaz, [ Georges Zwahlen ] et Jacques Freymond. Sa famille lui a insufflé un esprit favorable à l'armée dont le père était particulièrement attaché. Chaque homme devenait en principe officier. Bruno de Kalbermatten explique que dans sa carrière militaire il a été intéressé par la logistique et l'organisation. Il s'entendait bien avec les membres de l'état-major, avec lesquels il devait assurer la logistique d'un bataillon ou d'un régiment.
00:23:48 – 00:25:03 (Séquence 15) : Bruno de Kalbermatten raconte qu'à l'Ecole polytechnique de Zurich il y avait des professeurs qui provenaient des trois piliers industriels, à savoir Brown Boveri, Sulzer et Von Roll. Il avait des liens avec des étudiants suisses allemands de sa volée, mais lors de ses moments de détente, il préférait le contact avec la section romande de la Société des étudiants suisses qui lui a fourni de grands appuis et l'a bien entouré.
00:25:10 – 00:26:06 (Séquence 16) : Bruno de Kalbermatten explique qu'à l'époque, les besoins en économie étaient tels que les grandes entreprises suisses, comme Brown Boveri, Sulzer, Von Roll et Oerlikon-Buehrle se sont développées à un rythme effréné. La population était convaincue d’avoir du travail de manière illimitée. Cependant, les salaires étaient très bas. Par exemple, Brown Boveri engageait les étudiants sortant de l'Ecole de Zurich pour une rémunération se chiffrant à 450 francs. Bruno de Kalbermatten n’a pas travaillé pour cette entreprise, pour les raisons évoquées plus tôt, c’est-à dire son engagement chez son futur beau-père.
00:26:14 – 00:27:23 (Séquence 17) : Bruno de Kalbermatten explique que sa première tâche chez Bobst, l'industrie de son beau-père, a été l'organisation du service électrique quasi inexistant. Il fallait adapter le système électrique des machines exportables à la tension de chaque pays. Il a occupé successivement des postes au service des achats, au département technico-commercial qui s'occupe de l'organisation interne de l'entreprise, dans les conférences techniques et dans la gestion générale de l'entreprise. Henri Bobst lui a témoigné une grande confiance, ce qui lui a permis de s'épanouir.
00:27:31 – 00:28:39 (Séquence 18) : L'interviewer demande à Bruno de Kalbermatten si la présence dans l'entreprise de son beau-frère Jacques Bobst n'a pas créé de problèmes quant à l'héritage. Il répond qu'il a toujours respecté l'avis de son beau-frère et retrace brièvement les événements marquants de la vie de ce dernier : difficultés dans ses études, perte de sa femme, diagnostic d’un diabète et décès à 57 ou 58 ans. Il est arrivé une fois qu’ils ont exprimé un avis différent sur une décision importante : l'arrêt de Bobst Graphique, mais ils se sont finalement ralliés à une décision commune. Il a admis quelques années plus tard que son beau-frère avait eu raison. Bobst Graphique avait connu un essor technique important mais, sur le plan commercial, il n'avait aucune chance de réussite.
00:28:47 – 00:30:16 (Séquence 19) : Bruno de Kalbermatten explique que Bobst Graphique a été une entreprise de fabrication de machines à photocomposer créée après une étude de marché très positive. Elle a ensuite évolué très rapidement, de la mécanique simple au laser et TV. Ils ont vite réalisé qu'ils ne pouvaient pas suivre ce développement ni conquérir le marché. L'entreprise a néanmoins conservé un élément essentiel, à savoir la culture de l'électronique, notamment de haut niveau, qu’ils ont intégrée dans leurs appareils. Cette ligne de conduite leur a permis d’installer leur usine à Mex, après sept ans d’âpres négociations. Le conseiller d'Etat Pradervand leur a même donné ce conseil astucieux de s'implanter sur trois communes au lieu d’une seule pour éviter les oppositions.
00:30:25 – 00:31:36 (Séquence 20) : Bruno de Kalbermatten révèle que le chiffre d'affaires de l'entreprise Bobst s'élevait en 1950 à sept ou huit millions de francs suisses, aujourd'hui il atteint un milliard et 100 millions de francs suisses. Aux Etats-Unis et en Europe, ils détiennent les 80 % des ventes, représentant entre 60 et 80 % du parc, tandis qu’en Asie, cette proportion s’échelonne entre 10 et 20 %. Leur objectif est de se développer davantage dans cette partie du monde et d’y exiger une meilleure qualité de production. Ils emploient actuellement une centaine de personnes dans le Sud-est asiatique, excepté le Japon. Ils sont persuadés de leur réussite.
00:31:45 – 00:32:56 (Séquence 21) : Bruno de Kalbermatten cite les établissements de l'usine Bobst dans le monde. Sur Vaud, le groupe détient deux usines à Mex et à Prilly, ce qui fait de lui la plus grande entreprise industrielle cantonale. Ils ont acheté une entreprise nommée Martin à Lyon, en possèdent une à Hambourg qui a rencontré des difficultés passagères et une autre, l'entreprise Champlain à Roseland, dans le New Jersey. Il a d’ailleurs participé à son implantation en 1965. En outre, il y a respectivement une petite fabrique au Brésil et au Japon, et une autre en construction en Chine.
00:33:06 – 00:34:04 (Séquence 22) : Bruno de Kalbermatten pose le dilemme suivant auquel est confrontée l’entreprise : le choix entre la volonté de garder l'image de qualité de Bobst et la productivité bon marché. Pour résoudre cette question, ils envisagent des acquisitions dans le Sud-est asiatique pour remonter le niveau des entreprises et les utiliser pour l'exportation de produits vers les pays émergents. Des tractations sont d’ailleurs menées actuellement. A Lausanne, ils travaillent pour la simplification des modèles, et la délocalisation des machines simples est une réalité qu'ils doivent accepter de plus en plus. Elles pourront être conçues à Lausanne mais non plus fabriquées.
00:34:14 – 00:35:14 (Séquence 23) : L'interviewer rappelle que l'entreprise a des ambassadeurs dans le monde entier, les monteurs. Il demande à Bruno de Kalbermatten s’ils sont de nationalité suisse. Il répond qu'ils cherchent de plus en plus des monteurs autochtones. Mais aux Etats-Unis, entre 50 et 60 monteurs suisses travaillent pour l’entreprise Bobst, en sus des Américains, Allemands, Polonais et autres. Les Suisses ne s'expatrient pas facilement, car ils ont des salaires plus élevés et essayent toujours de revenir dans leur pays d’origine. Grâce aux monteurs et vendeurs, ils reçoivent les "Inputs", c’est-à-dire des informations importantes relatives aux évolutions et aux améliorations des produits.
00:35:24 – 00:37:47 (Séquence 24) : Bruno de Kalbermatten évoque le nombre d’employés de l’entreprise : 2700 à 2800 personnes en Suisse et environ 5000 dans le monde. L'interviewer rappelle qu'après l'échec de Bobst Graphique, l'entreprise s'est focalisée sur une fabrication très précise : l'impression des cartons d'emballage. Bruno de Kalbermatten dit qu'ils ont concentré l'activité électronique sur leurs machines en collaboration aussi avec Schiavi de Piacenza, qui a développé un système important pour le contrôle des "bandes" : ce sont des bobines destinées aux rotatives lors de l'impression de journaux ou de périodiques. Il ajoute que le papier et le carton se comportent comme un accordéon lors de l'impression. Le grand défi réside dans la mise sur pied d’un appareil qui arrive à concilier précision, surtout au niveau des couleurs, et rapidité. Bruno de Kalbermatten explique que le système d'impression gère les difficultés que peut poser le papier, en essayant de corriger par anticipation les éventuelles erreurs. Ce système a été mis au point avec l'Ecole polytechnique de Lausanne à l'époque de Bobst Graphique à Lausanne. L'électronique y joue un rôle central.
00:37:57 – 00:39:07 (Séquence 25) : Bruno de Kalbermatten déclare qu'Henri Bobst était imaginatif et très pragmatique. Il a émis des idées avant-gardistes en concevant notamment la machine Autoplatine et le choix du carton ondulé. Il y a eu ensuite un développement collectif important, actuellement fourni par environ 250 personnes qui travaillent dans le secteur de la création. L’entreprise préconise donc le travail de groupe. Elle cherche des individus imaginatifs qu’elle entoure et munit de soutiens sur les plans mécanique, hydraulique et électrique afin de concrétiser les idées. Un homme tout seul ne peut plus tout maîtriser. Par exemple, il est arrivé une fois que l’entreprise ait dû se séparer de deux bons constructeurs incapables de collaborer de manière adéquate.
00:39:18 – 00:39:59 (Séquence 26) : Bruno de Kalbermatten explique qu'ils ont favorisé depuis toujours le développement de l'apprentissage chez Bobst. Ils ont actuellement 240 apprentis. Ceci reflète leur vision d’entreprise constante concernant le travail, selon laquelle il est impératif de se confronter à la pratique. 60 % des cadres sont d’ailleurs passés par un apprentissage et ont ensuite mené d'autres études. Dans leur établissement de Prilly, ils sont dotés de classes et de laboratoires pour les apprentis. Ils n'ont pas coupé les ponts avec l'école complémentaire, pour rester connectés à la ville, quand bien même ils pourraient fonder leur propre école grâce à tout ce qu’ils possèdent.
00:40:10 – 00:41:49 (Séquence 27) : L'interviewer demande à Bruno de Kalbermatten comment Bobst affronte le problème de la gestion familiale de l'entreprise. Il révèle qu’au début, Henri Bobst n’a pas eu le capital suffisant pour détenir la majorité. La chance de la famille a résidé dans la confiance des investisseurs, ce dont il a bénéficié lui aussi. La position de la famille est donc minoritaire, ce qui les oblige à faire preuve d’une attention toute particulière concernant leur poids dans l’entreprise. Ils sollicitent aussi des personnes extérieures à la famille pour des postes importants, tels que le président de la direction générale. Mais les membres de la famille compétents sont fortement intégrés dans l'entreprise. Par exemple, son fils est directeur général et son beau-fils directeur des ventes. Bruno de Kalbermatten dit que sa succession dans l'entreprise est réglée. La direction générale est en place et le futur président déjà désigné. Il arrêtera son activité dans un an ou deux.
00:42:00 – 00:42:38 (Séquence 28) : L’interviewer énonce le rôle de tout premier plan qu’a joué de Kalbermatten dans l’économie suisse, mais aussi au Conseil des Ecoles polytechniques. Ce dernier avoue que cette fonction lui a parue à la fois intéressante et décevante. Le Conseil était constitué d'une quarantaine de personnes, mais personne ne jouissait de réel pouvoir de décision et les visages changeaient trop rapidement. Cette période s’est située lors des mouvements de contestation des étudiants, ce qui plongeait le Conseil dans d’interminables discussions sur cette problématique.
00:42:50 – 00:44:03 (Séquence 29) : Bruno de Kalbermatten raconte qu’il n'entretient personnellement aucun contact avec l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) sauf avec M. Vittoz, à titre privé. Cependant, l'entreprise Bobst a conclu plusieurs contrats de recherche et de développement avec certains secteurs de l'EPFL. Au sujet de son beau-père, Henri Bobst, celui-ci n'était pas un universitaire, mais il conservait des rapports avec monsieur [ Bourquin ], professeur à la Faculté des Hautes études commerciales et qui l'a beaucoup conseillé. C'est en effet dans le domaine économique que l’entreprise s'est démarquée, à tel point qu’Henri Bobst a été nommé Doctor Honoris Causa.
00:44:15 – 00:45:53 (Séquence 30) : L'interviewer rappelle que Bruno de Kalbermatten a participé aux conseils de la "Zurich assurance" et de "l’UBS". Il explique que son expérience dans cette banque était intéressante car il faisait partie d'un organe qui s'occupait davantage d'informations que de décisions. L’UBS lui offrait la possibilité de savoir tout ce qui se passait dans le monde. Une grande banque doit en effet avoir des liens autant avec l'économie locale qu’avec la finance internationale. En revanche, il a ressenti un intérêt moins marqué envers la «Zurich assurance». En même temps que sa participation en tant que membre du conseil de «l'UBS», il appartenait aussi à l'ACM, l'Association des Constructeurs de Machines. Il avait en effet besoin de communiquer avec les autres industriels des renseignements relatifs à ce qui se passait en Suisse et dans le monde. Ses discussions et ses échanges de propos ont été facilités par sa maîtrise de l'allemand et du suisse allemand. Il trouve d’ailleurs primordial pour un Suisse romand qui nourrit des ambitions professionnelles de connaître ces langues, car les centres de décisions se situent surtout en Suisse alémanique. Son entreprise fait, quant à elle, figure d’exception dans le paysage industriel.
00:46:06 – 00:47:26 (Séquence 31) : Bruno de Kalbermatten a participé à la direction de Nestlé, mais il avoue ignorer toujours comment il est arrivé dans cette multinationale pour y rester pendant dix-huit ans. Durant les six ou sept dernières années, il a fait partie du comité restreint de Monsieur Maucher, comportant aussi Messieurs Leutwiler, Gut et Gerber. Il a vivement apprécié divers traits personnels chez Maucher : ses côtés autoritaire et humain ainsi que sa façon de conduire l’entreprise. Nestlé a joué un rôle important pour lui et pour l'entreprise Bobst, notamment par rapport aux renseignements que la transnationale lui a fournis sur le marché asiatique. Nestlé a représenté aussi un barème pour la future consommation d'emballages. Il a participé avec intérêt entre autres à la politique des acquisitions, à l'affaire Perrier et à diverses implantations en Chine.
00:47:39 – 00:49:12 (Séquence 32) : Bruno de Kalbermatten dit que le canton de Vaud est un pays détenant un grand nombre de ressources à valoriser. Les jeunes doivent s’engager dans des voies de formation et apprendre les langues, deux conditions nécessaires pour s’intégrer dans l'économie actuelle. Les autorités publiques sont quant à elles obligées de faire face à une situation financière désastreuse du canton qui risque de compromettre l'implantation de nouvelles entreprises et la pérennité de celles déjà présentes. Il est malgré tout optimiste et exprime sa confiance dans la jeunesse. Elle doit accepter de "sortir" et admettre la réalité des contingences mondiales.
00:49:26 – 00:49:43 (Séquence 33) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Bruno de Kalbermatten, industriel, et tourné à l'usine Bobst S.A. à Prilly le 27 septembre 1996.
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