Yoki (Peintre et verrier)

  • français
  • 2000-09-25
  • Durée: 00:50:52

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Description

Très tôt habité par l'envie de peindre, sa chance lui est donnée par l'architecte Dumas qui l'engage comme dessinateur. Il peut ainsi réaliser sa première exposition à Romont, encouragé par Alexandre Cingria et Gino Severini. Dans le film, il brosse de Romont, et surtout de Fribourg, un portrait haut en couleurs, lieux vivants et ouverts, à l'écoute de l'art sous toutes ses formes. Il rend aussi hommage à l'abbé Charles Journet, grand esprit humble et courageux. Yoki collabore activement à la création du Musée du vitrail de Romont, premier au monde dans son genre. A la fois peintre et verrier, il exalte son amour du vitrail, son goût pour l'aquarelle, son bonheur de créer. Ce Plans–-Fixes, exceptionnellement en couleurs, explore les diverses facettes d'un artiste fort attachant.

00:00:00 – 00:00:12 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Yoki, peintre et verrier, et tourné à Romont le 25 septembre 2000. L’interlocuteur est Alphonse Layaz.
00:00:12 – 00:01:44 (Séquence 1) : Yoki se dit très touché que les Monuments historiques lui aient commandé une tapisserie en haute lisse pour l’église de son enfance. Il y a en effet été enfant de chœur, il y a plus de 70 ans. Le thème de la tapisserie est le buisson ardent, symbole de la vierge Marie. Yoki a pensé la forme et la couleur de la tapisserie pour attirer le regard du spectateur vers le vitrail de l’Annonciation. Ce vitrail a été réalisé par Agnus Drapeir, qui a vécu à Lausanne et auquel la Maison de Savoie a commandé le vitrail. Les contrastes avec des plages colorées très marquées et un graphisme délié ont inspiré Yoki pour sa tapisserie. L’artiste relève encore les devises et signes du commanditaire, la Maison de Savoie.
00:01:45 – 00:01:56 (Séquence 2) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Yoki, peintre et verrier, et tourné à Romont le 25 septembre 2000. L’interlocuteur est Alphonse Layaz.
00:01:57 – 00:04:04 (Séquence 3) : Yoki est né le 21 février 1922 au 24 de la Grand Rue à Romont. Sa naissance correspond à l’invention de son nom d’artiste. En effet, sa mère a accouché seule et le médecin, le Docteur Koller, venu s’assurer de la bonne santé du nouveau-né l’a pris dans ses bras et l’a appelé "ein joeckeli". Ce petit nom a été repris par ses sœurs qui l’ont écrit phonétiquement "Yoki", l’orthographe japonisante est donc involontaire. Ce surnom lui est resté tout au long de sa vie et a fini par remplacer et son prénom et son nom de famille. Au Japon, Yoki a appris que son surnom signifie "être de gaité" ce qui semble correspondre à une partie de sa nature. On pourrait aussi rapprocher ce surnom du santon, le ravi de Provence, le légèrement diminué, le jockeli, ou encore de l’expression "faire le jacques". Le véritable nom de Yoki est Emile Aebischer, Emile comme son père et son grand père. Il est le seul garçon d’une fratrie de six, il a donc grandi dans un environnement féminin.
00:04:06 – 00:05:04 (Séquence 4) : La mère de Yoki est broyarde et son père singinois, il est donc un fribourgeois des antipodes. Son père a quitté une grande famille paysanne de Heitenried dans la Singine et a fait un apprentissage de sellier tapissier à Assens dans le canton de Vaud. Arrivé à Romont, il n’a plus jamais parlé l’allemand sauf pour aller se confesser. Son père a aussi gardé une belle écriture allemande.
00:05:06 – 00:06:13 (Séquence 5) : Yoki parle de l’ambiance particulière de Romont de par la religion mais aussi la politique. La liturgie était très belle. La collégiale de Romont possède un très bel ensemble artistique, des vitraux anciens, de superbes stalles et une très belle architecture de type savoyard tout comme les remparts et le château. Yoki garde du cadre médiéval de son enfance un souvenir émerveillé. Romont était devenue dans l’entre deux guerres un centre culturel, grâce notamment à un préfet poète au château. Il y avait une profonde entente entre catholiques et protestants, comme dans une sorte de petit Chaminadour.
00:06:15 – 00:06:56 (Séquence 6) : Yoki garde de son enfance à Romont un souvenir heureux malgré la pauvreté. Son père a eu une sclérose en plaques et est mort très jeune. Yoki se rendait dans l’atelier de son père, car il sentait le crin et le cuir. Le père de sa mère, un Gauthier, tenait une fromagerie, il avait même été baron du fromage, les odeurs de fromages sont donc aussi des souvenirs d’enfance. Yoki a été pour lui soigneur de fromage le soir.
00:06:59 – 00:07:30 (Séquence 7) : Yoki est envoyé très tôt, à 14 ans, en apprentissage à Berne pour des raisons matérielles conséquences de la sclérose en plaques de son père. Ses deux sœurs ainées ont elles aussi travaillé très jeunes. Avant cela, Yoki a tout de même fait trois ans d’études littéraires au pensionnat Saint Charles à Romont où il a eu d’excellents professeurs. Lorsqu’il relit des lettres écrites alors qu’il était à Berne, il est étonné de la qualité de son écriture.
00:07:34 – 00:08:35 (Séquence 8) : Romont était véritablement un centre culturel vivant où le théâtre ainsi que la poésie jouaient un rôle. Un chanoine avait ouvert un patronage où il y avait des jeux culturels et où l’on passait les premiers films de Charlot. A l’échelle de ses 2500 habitants, Romont, nommée par un humoriste local "un trou en relief", était culturellement très vivante. Le Messie de Haendel a été chanté à la collégiale. De nombreux artistes ont séjourné, vécu et œuvré à Romont. La présence de Fernand Dumas, architecte d’églises, y est aussi pour beaucoup. Gino Severini a aussi séjourné à Romont pendant six mois.
00:08:40 – 00:10:07 (Séquence 9) : Après un apprentissage de boulanger-pâtissier à Berne, Yoki revient à Romont et travaille en tant qu’ouvrier à l’usine Electroverre, qui commençait son activité dans le domaine de la fusion de l’électricité et du verre. L’interlocuteur cite une phrase de Georges Borgeaud : "N’y avait-il une sorte de défi à l’existence des siens que de vouloir échapper à leur condition ?" et demande à Yoki si son engagement auprès de l’architecte Fernand Dumas n’était pas un défi à la pauvreté de sa famille. Yoki explique que Dumas avait remarqué une décoration qu’il avait faite pour une fête cantonale de gymnastique et a été demander au patron de Yoki à Electroverre de le lui prêter pour voir s’il pouvait faire de lui un architecte. Yoki pense que cela a été une des chances de sa vie. Puisqu’il rêvait en secret de peindre, l’architecture l’amenait dans une zone de rencontres et d’amitiés.
00:10:12 – 00:11:16 (Séquence 10) : Yoki a donc appris auprès de Fernand Dumas le métier de dessinateur architecte, mais le soir il peignait. Il a rapidement eu une première exposition à Romont pour l’ouverture de laquelle Anne-Marie Grunder a joué du violon. Il a même vendu quelques toiles. Le père de Yoki, sellier tapissier, a pris le travail de son fils au sérieux et a partagé son atelier avec lui. Yoki a pu profiter des critiques et des encouragements de Gino Severini et d’Alexandre Cingria, artiste prodigue et animateur de la Confrérie de Saint-Luc, qui regroupait les artistes gravitant autour de Fernand Dumas.
00:11:22 – 00:12:46 (Séquence 11) : L’interview de Yoki se déroule au musée du vitrail à Romont. Son camarade d’enfance Pierre Fasel rêvait d’avoir une activité culturelle au centre de ce lieu privilégié qu’est le vieux château. Il a demandé de l’aide à Yoki, qui avait les bons contacts. Il a commencé par monter trois expositions successives consacrées à Gino Severini, Alexandre Cingria puis Albert Chavaz. Ces expositions ont révélé que le lieu était propice à l’installation d’un musée. Yoki a insisté pour qu’il soit consacré au vitrail, car il n’existait aucun musée dans le monde consacré à cet art, de plus la présence à Romont de l’usine Electroverre, de vitraux anciens et modernes dans la collégiale, la présence de Cingria et la plus grande peinture sous-verre du monde à l’église toute proche de Mézières participaient à le rendre attractif selon lui. Pierre Fasel a pu convaincre le conseiller d’Etat Ferdinand Masset de transformer les lieux en musée du vitrail.
00:12:53 – 00:14:54 (Séquence 12) : Yoki évoque le renouveau de l’art sacré qui prit place à Romont autour de Fernand Dumas, d’Alexandre Cingria, le peintre et de Charles-Albert Cingria l’écrivain. On disait de Dumas qu’il faisait chaque année un enfant ou une église et les bonnes années les deux. Les rues de Romont vivaient et l’on disait qu’il y avait autant d’artistes que de sommelières. Yoki rappelle qu’il y avait 25 bistrots pour 2500 habitants et que la vie était très conviviale de par les foires et les marchés également qui reliaient la ville au monde paysan des villages vaudois environnants. Yoki raconte qu’il y a eu jusque 30 artistes travaillant à Romont, malgré la crise économique et les petits salaires de cette branche. Il y avait une sorte de ferveur créatrice que certains sont venus observer à Romont, notamment Eugenio d’Ors, le père Régamey et Arnaud d’Agnel, et qu'ils ont comparé à ce qui s’était produit en Ile de France au XIIIe siècle. Il se souvient que lorsqu’il a commencé chez Dumas en 1938, il y avait cinq églises en construction dans la région de Romont, dont Lussy, Mézières et Murist. Cette joie créatrice un peu débordante était contrebalancée par la sévérité analytique du cubiste Severini, cela était pour Yoki un heureux mélange.
00:15:02 – 00:15:30 (Séquence 13) : Yoki travaillait sur les plans d’architecture dans l’atelier de Dumas, mais a aussi participé sur le terrain à la construction de l’université à Fribourg. C’est Denis Honegger, de l’atelier d’Auguste Perret, et Fernand Dumas qui avaient remporté le concours pour la construction de ce bâtiment.
00:15:38 – 00:16:37 (Séquence 14) : Yoki est arrivé à Fribourg l’année de ses 20 ans, il y avait là aussi une vie culturelle importante grâce notamment à des réfugiés comme Georges Cattaui, le frère Jean de Menasce ou encore le spécialiste de philologie romane Gianfranco Contini qu’admire beaucoup Yoki. La maison d’édition la LUF, la libraire de l’Université de Fribourg, éditait les grands auteurs de passage dans la ville, comme Bertrand de Jouvenel. Gonzague de Reynold a aussi séjourné à Fribourg. Des nombreuses personnes y ont séjourné dans l’attente de la fin de la deuxième guerre mondiale. Jacques Chessex a dit que Fribourg était plutôt internationale par rapport à Lausanne qui était plus provinciale.
00:16:46 – 00:17:33 (Séquence 15) : Yoki évoque l’abbé Charles Journet, qui éditait la revue "Nova et Vetera". Yoki remarque que des articles essentiels y ont été publiés, et que c’est par l’intermédiaire de cette revue que l’on a appris l’existence des camps de concentration. L’abbé Journet estimait qu’il était de son devoir de chrétien de dénoncer ces horreurs. Yoki précise que des travaux récents révèlent que l’on a essayé de faire taire l’abbé Journet. Pour Yoki, il était un homme d’un grand courage, amoureux des arts, capable d’aimer Picasso et les plus grands peintres avant-gardistes et tout cela dans l’humilité du Grand Séminaire. L’abbé Journet a entretenu une correspondance ininterrompue avec Jacques Maritain.
00:17:43 – 00:18:00 (Séquence 16) : Yoki aime Gonzague de Reynold pour ses premiers livres, mais il estime que son livre "L’Europe tragique" laisse penser qu’au fond de son cœur il espérait un retour du patriciat. Il avait peut-être cédé aux sirènes du fascisme. Selon Yoki, les droits de l’homme étaient plutôt le domaine de l’abbé Journet que de Gonzague de Reynold.
00:18:10 – 00:19:58 (Séquence 17) : L’interlocuteur de Yoki cite Gorges Borgeaud qui parlant de Fribourg écrit : "On ne dira jamais assez comment cette ville partagée harmonieusement entre la gothicité et le monde latin avait rassemblé d’intelligences diverses, de talents et de générosités". Yoki se souvient que Charles-Albert Cingria avait été généreusement aidé par cette ville et disait : "Pourquoi aller se calciner les nerfs ailleurs quand on est si bien ici ?". Yoki pense comme Georges Borgeaud que la gothicité de la ville, son site escarpé enlacé par une rivière, ses maisons du XVe siècle, son ensemble architectural gothique et baroque dans l’unité de la molasse, contribuent au charme de Fribourg. L’échelle de la ville permet les rapports humains. Fribourg doit beaucoup à son audace de pays agricole qui a osé construire une université d’envergure internationale. Il semble que le côté épicurien de Fribourg a attiré plutôt des plasticiens que des écrivains. Yoki pense qu’à Fribourg l’écriture semble réservée aux familles patriciennes, il cite l’exemple de Netton Bosson.
00:20:08 – 00:21:11 (Séquence 18) : Yoki est mobilisé à l’âge de 20 ans et continue à peindre. Il fait deux rencontres importantes, celles de Germaine Richier et de Hedy Hahnloser. Le mari de Germaine Richier, Otto Charles Bänninger, était un sculpteur de talent et a rencontré sa femme alors qu’ils étaient tous deux élèves d’Emile-Antoine Bourdellle. Otto Bänninger et Germaine Richier résident à Zurich pendant la deuxième guerre mondiale, mais passent à Fribourg lorsque Bänninger réalise les bronzes des portes de la grande aula de l’université. Germaine Richier remarque le talent de Yoki et l’invite à Zurich pour qu’il apprenne à faire du modèle vivant. Lors de son séjour à Zurich, Yoki rencontre de nombreux artistes suisses.
00:21:22 – 00:23:09 (Séquence 19) : Yoki découvre la peinture française durant son séjour chez Germaine Richier à Zurich et plus particulièrement en visitant la galerie Hahnloser à Winterthour. Yoki avait contacté Hedy Hahnloser au travers d’une lettre qui l’avait touchée et elle l’a invité chez elle. Yoki y a donc séjourné durant son congé d’école de recrue. Il avoue que dormir avec des Cézanne, des Bonnard et des Vuillard au dessus de sa tête est difficile. Il a pu s’initier à la peinture française dans l’intimité d’une collection privée et avec l’aide d’une femme, Hedy Hahnloser avec laquelle il a entretenu également une longue correspondance. Hedy Hahnloser a eu un grand rayonnement auprès des artistes alémaniques, mais a aussi écrit le premier ouvrage sur Vallotton. Yoki lui envoyait des esquisses, des toiles et elle lui donnait des conseils, notamment dans le rendu des matières.
00:23:21 – 00:25:11 (Séquence 20) : Yoki attend la fin de la guerre pour monter à Paris. Il savait qu’un enseignement académique ne lui apporterait rien, il s’inscrit donc chez André Lhote dont il avait lu tous les livres. Il se souvient d’une ambiance agréable de camaraderie entre les 50 ou 60 artistes de tous pays travaillant chez André Lhote. Ils allaient aussi peindre sur le motif, pour s’extraire de l’atelier. Yoki avait peint l’atelier de l’extérieur un jour de neige, Lhote a dit de sa toile qu’elle ressemblait à du Vuillard avec l’architecture en plus. Yoki se souvient bien de ce compliment. Yoki rêvait déjà des arts intégrés à l’architecture et s’intéressait au vitrail, à la fresque ou la mosaïque.
00:25:23 – 00:26:30 (Séquence 21) : Yoki a vécu cinq ans à Paris, à un moment où il y avait peu de voitures et où l’on pouvait observer les façades, se promener le long de la Seine. Tous les artistes qui ont connu le Paris d’après guerre, estiment que malgré la pauvreté c’était une chance. Yoki a fait des petits boulots. Il a chanté dans un chœur, il était ténor, il y a rencontré Pierre Quet, qui sera connu ensuite pour son livre sur la Suisse et la guerre écrit avec Pierre Accoce. Dans une ville où l’on peut rester seul longtemps, Yoki s’est rapidement fait un cercle d’amis dans le monde de la musique, ce qu’il considère comme un enrichissement. Yoki souligne qu’il a même chanté des cantates de Bach. Il a aussi été critique artistique pour la galerie Charpentier et pour la revue "Astragale". Il a notamment écrit sur le "Miserere" de Georges Rouault et sur une exposition du peintre Vuillard à la galerie Charpentier. Un article lui permettait de vivre un mois.
00:26:43 – 00:28:02 (Séquence 22) : Yoki rentre de Paris en 1951 et s’installe à Fribourg. Il collabore avec Michel Eltschinger. Yoki explique qu’à Romont enfant déjà il aimait le vitrail, cet art qui associe la couleur et la lumière. Il allait vers huit ou neuf ans en vélo admirer les vitraux de Cingria à Autigny, à Siviriez et ailleurs dans la campagne glânoise. Il s’est intéressé aussi au vitrail dans son apprentissage d’architecte, il tentait de faire des vitraux de cabinet, des "kunstscheiben". Cela lui permettait d’apprendre la technique du métier, de relier les plombs, de les structurer et de savoir choisir les couleurs. Il a ainsi travaillé avec des maîtres verriers, la maison Kirsch et Fleckner, Fleckner puis Michel Eltschinger. Yoki a créé des vitraux avec eux pendant 40 ans. Quelques vitraux sont allés jusqu’en Israël à la basilique de l’annonciation, d’autres en Tarentaise où ils ont été réalisés en partie sur place dans l’espoir de susciter des vocations.
00:28:15 – 00:28:59 (Séquence 23) : Yoki a souvent travaillé en Bourgogne et à Liverpool. Yoki raconte que son aventure en Bourgogne a commencé à Sept-Fons dans un grand monastère, où il avait été engagé comme consultant sur l’architecture et avait finalement pu réaliser dans le grand chevet un vitrail de Vierge Salve Regina. Ce travail a fait boule de neige et a permis à Yoki de travailler dans la France entière, dont il connaît les bons vins et les bons bistrots.
00:29:12 – 00:29:42 (Séquence 24) : Le travail de Yoki en France était plutôt figuratif alors que les deux tiers de son œuvre sont plutôt non-figuratifs. Yoki a assisté aux ateliers d’art sacré et au congrès de Vanves, c’est à dire à la revitalisation de l’art sacré engagée par le père Couturier, un dominicain, qui faisait appel à des artistes, croyants ou non, pour revivifier cet art. La Suisse avait eu une position de pointe au départ de ce mouvement, mais la naissance de la non-figuration s’est faite aux Bréseux. Yoki est relié à cette naissance, car il était ami avec le chanoine Ledeur qui avait assisté aux mêmes congrès.
00:29:56 – 00:30:41 (Séquence 25) : En bon samaritain suisse, Yoki a travaillé aux dommages de guerre. En Allemagne d’abord où il a participé à la rénovation du plafond d’une église franciscaine bombardée par les américains. Il s’est ensuite rendu en Angleterre pour la restauration de deux églises bombardées par les allemands. C’est à Liverpool qu’il rencontre son épouse Joan. La chance de sa vie est que Joan est venue en Suisse l’épouser six mois après l’avoir connu, sans connaître ni sa famille ni le pays. Sa femme vient d’une grande famille irlandaise où règne la générosité et le partage.
00:30:56 – 00:32:09 (Séquence 26) : Yoki a très tôt voulu devenir peintre, puis il s’en est éloigné dans des travaux pratiques en lien avec l’art religieux avant d’y revenir. Yoki explique qu’il avait tendance à rendre beaucoup de services avant de penser à son propre travail. C’est avec la découverte de son moulin qu’il aménage en deux ateliers, l’un au frais dans la salle des meules pour l’été et l’autre dans le galetas avec une belle lumière zénithale pour l’hiver, qu’il se remet à peindre pour lui. Cette bâtisse de 1741, à laquelle il a redonné vie, fera peut-être le bonheur d’un autre artiste après lui. Dans son atelier, il retrouve le calme et la sérénité dont il a besoin, on respecte son silence et il a pu retrouver les joies de la peinture de chevalet, de l’aquarelle. Il rend toujours des services mais à partir de la fin de l’après-midi.
00:32:24 – 00:33:11 (Séquence 27) : Yoki a cherché aussi à retrouver les joies de la nature malgré l’abstraction. Il se sent une filiation en cela avec Corot, dont la mère était glânoise, qui peignait moins la nature que ce qu’il ressentait pour elle. Yoki pense être parvenu à faire voir des paysages aimés mais à travers ses yeux, à donner de la durée à une chose éphémère par une observation amoureuse de la nature. Yoki appelle le petit lac de Seedorf près de chez lui "son petit étang de Giverny" qu’il observe à différentes saisons et sous différents éclairages. Yoki estime qu’une observation soutenue et prolongée fini par enrichir la solitude. L’interlocuteur rappelle que Yoki a toujours dit que lorsque Cézanne ou Corot représentent un arbre, ils ne sont finalement jamais purs d’images au moment de saisir la nature.
00:33:27 – 00:33:28 (Séquence 28) : Yoki travaille à Seedorf, dont le nom à consonance germanique vient de l’alte landschaft, et plus précisément dans son moulin de Courtanay.
00:33:45 – 00:34:40 (Séquence 29) : Yoki a tellement traité le thème des Saints et de leurs signes distinctifs que le ressourcement devant la nature lui a été bénéfique. André Kuenzi et François Fosca ont relevé le fait qu’il était un paysagiste, cela convient à Yoki qui se moque d’être hors mode ou hors saison. Balthus a aussi vécu à Fribourg pendant la guerre et sa peinture de réflexion lente et mûrie a beaucoup appris à Yoki. Yoki estime que Balthus a su traduire l’âme et la géométrie secrètes du Gottéron qu’il a lui aussi représenté de façon peut-être un peu plus spontanée.
00:34:58 – 00:35:35 (Séquence 30) : Georges Borgeaud a dit que Yoki était fait pour la louange et non pour la critique. Pour Yoki, cela est vrai, il aime faire aimer ce qu’il ressent et ce qu’il aime. Yoki a peint quelques nus féminins, mais très peu tout comme Corot. Yoki estime que la sensualité est nécessaire en peinture mais n’est pas forcément liée à la représentation du corps. Renoir peignait la peau d’une pêche comme celle d’une femme. Il s’agit d’un travail sur la carnation, sur l’observation de l’aspect des choses et de leur transposition en peinture.
00:35:53 – 00:36:29 (Séquence 31) : Yoki a travaillé tout aussi bien avec la lenteur de l’huile qu’avec la fraicheur d’exécution de l’aquarelle. Yoki s’étonne que Cézanne qui était lent en peignant ses toiles soit un aquarelliste rapide. En aquarelle, les réserves de blancs sont importantes et aussi quelque chose d’instinctif. Il est enrichissant de ressentir les choses sur le vif puis de leur donner une certaine durée, une consistance lors du passage à l’huile. Yoki a une nature reconnue d’aquarelliste et apprécie peindre ce qu’il ressent. Sa bonne mémoire visuelle lui permet de peindre de mémoire une chose qui l’a ému et non d’après une photo ou un dessin.
00:36:47 – 00:37:00 (Séquence 32) : Lorsque Yoki est revenu à la peinture, il a dû réapprendre un peu la technique, mais cela fait partie du métier. Il y a toujours une décourageante différence entre l’œuvre rêvée et l’œuvre peinte qui pousse l’artiste à continuer. A 79 ans, Yoki a toujours autant de joie à peindre qu’à 16 ans, il considère cela comme une des grâces de son métier.
00:37:19 – 00:38:26 (Séquence 33) : On demande à Yoki s’il existe une différence entre la satisfaction à décorer une église visitée par un grand nombre de gens et faire de la peinture de chevalet, qui n’est même plus enseignée dans les écoles d’art, et qui est plus intimiste. Yoki pense que l’on reviendra à l’enseignement de la peinture car il considère cela comme indispensable. Yoki exprime l’importance pour les artistes de travailler pour des communautés plutôt que pour des galeries et des collectionneurs. Matisse l’a fait à Vence et Fernand Léger à Audincourt. Si l’on crée un bel ensemble de vitraux et que l’on sait que chaque dimanche une communauté vit avec eux et qu'ils lui sont accordés, on touche à la raison d’être et au bonheur de l’artiste. Manessier le lui a dit et Yoki l’a constaté, la plupart des artistes qui n’ont travaillé que pour des galeries finissent souvent par créer en pensant aux autres et pas seulement aux collectionneurs.
00:38:45 – 00:39:37 (Séquence 34) : Yoki a créé des drapeaux à une quinzaine de reprises, le plus souvent dans un contexte caritatif. Il a aussi fait quelques lithographies en souvenir de son père pour les associations en lien avec la sclérose en plaques. Yoki a constaté avec satisfaction que ce type d’art a pu rendre service sur un plan social. Yoki s’est souvent senti partagé entre plusieurs devoirs, celui de s’engager pour des causes qui lui tiennent à cœur et celui de se consacrer à sa peinture, en vieillissant Yoki avoue que l’art devient de plus en plus essentiel. Il a perdu de nombreux amis, emportés par le cancer ou d’autres maladies, et à 79 ans, il a encore la chance de pouvoir peindre. C’est donc pour cela qu’il continue à le faire et que chaque matin en se levant il dit "Merci".
00:39:57 – 00:41:13 (Séquence 35) : Yoki évoque le côté épicurien des fribourgeois et la sensualité du catholicisme. Les vitraux du martyr de Sainte Barbe et de Sainte Catherine à la cathédrale de Fribourg sont d’une sensualité étonnante et font penser à des sortes d’Ophélie. Yoki trouve étonnant que la ville ait lancé un concours international en 1890 pour lequel 26 propositions de l’Europe entière ont été reçues. C’est un jeune artiste de Cracovie qui fut finalement choisi, Josef Mehoffer. Ses vitraux, d’une grande droiture technique tout en mettant en jubilation la couleur, ont fait retrouver le bonheur du vitrail à Fribourg. C’est en contemplant ces vitraux que Cingria se sent naître une vocation, suivie de beaucoup d’autres à travers la Suisse qui se trouve à la pointe de cette technique. Maurice Denis, critique et peintre, a dit : "Ce que je viens de découvrir en 1914 à Fribourg est plus beau que ce que nous faisons en France et en Europe".
00:41:34 – 00:42:44 (Séquence 36) : Yoki parle de son vitrail "L’Eveil" qui est explosif dans la couleur et correspond à un besoin de renouvellement. On avait commandé un vitrail de même format à 30 artistes suisses différents, dont Yoki, Manessier, Bazaine, pour une exposition au Swiss Center de New York. La Suisse s’était distinguée dans ce type de format réduit depuis le moyen âge mais aussi plus tard. Yoki se souvient que lors du vernissage, où étaient présents des membres de l’UNESCO ou de l’ONU, les amis qui accompagnaient ces 30 vitraux étaient émus et qu’ils ont chanté à la fribourgeoise. Les gens ont aussi bien apprécié ce chant que les vitraux.
00:43:05 – 00:44:22 (Séquence 37) : Yoki se sent né pour le bonheur, il est infiniment sociable mais est aussi capable de solitude comme l’ont remarqué certains moines pour qui il a travaillé. Sa devise serait de faire aimer ce qu’il aime. Il n’a pas accepté d’enseignement pour rester un être libre, pour pouvoir voyager et travailler à travers le monde, mais il n’a jamais refusé de donner des conférences. Le plus beau témoignage de sa vie est la rencontre d’une femme au musée d’art moderne, qui lui a avoué avoir aimé la peinture après avoir entendu une de ses conférences. Il avait en effet accepté de parler sur Rouault, Bonnard et Matisse, donnant suite à un article sur Rouault publié dans la revue "Astragale", sur l’invitation de Roger Nordmann. Yoki dit toujours à tous les enseignants découragés que si l’on a une grande ferveur et une passion, on arrive à la communiquer.
00:44:43 – 00:45:51 (Séquence 38) : Yoki aime beaucoup l’Irlande, le pays de son épouse. Yoki estime que l’accueil et la rencontre avec les Irlandais sont intéressants. Les Irlandais savent garder leur identité tout en montrant une grande ouverture aux autres. La Suisse a parfois du mal à comprendre cela. A une époque de grand métissage, il faut savoir que l’on peut rester profondément glânois ou fribourgeois, mais devenir européen. Yoki s’est engagé dans la défense de l’Europe. Selon lui, la Suisse aurait dû servir l’Europe dès la fin de la deuxième guerre mondiale, à la suite de Dunant, Pestalozzi et tous les grands voyageurs suisses dont parle Nicolas Bouvier. Il trouverait vraiment dommage que la Suisse soit le dernier pays à rejoindre l’Union européenne.
00:46:12 – 00:48:46 (Séquence 39) : Le fils de Yoki, Patrick Aebischer, a pris les rennes de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne dans un climat un peu mouvementé. Yoki raconte que la famille a vécu cette nomination encore plus durement que le fils. Yoki trouve son fils créatif et pense qu’il donnera à l’EPFL encore plus de rayonnement tout en continuant son activité de chercheur. Yoki n’aime pas trop le côté gendarme du monde de l’Amérique mais reconnaît qu’elle favorise l’épanouissement des plus humbles dès qu’il y a des dons, ce que la Suisse peine à faire. C’est aux Etats-Unis que Patrick Aebischer a été formé et cette orientation a fait peur aux professeurs de l’EPFL. Yoki sait qu’une fois nommé le souci de son fils a été de faire de l’institution un instrument qui serve le pays et la science et que cela a rapidement été compris par tous. Selon Yoki, son fils tient à ce que la science garde une dimension humaniste. Yoki dit de Patrick Aebischer qu’il aime l’œnologie, la musique, qu’il est un lève-tôt comme son père, qu’il est heureux en famille et dans sa vie professionnelle. Yoki pense que son fils saura rendre les autres heureux comme il a pu le faire lui-même à travers son art. Yoki pense que son fils est un parfait mélange d’Irlande et de Suisse et montre que la Suisse peut s’enrichir tout en restant fidele à ses idéaux premiers.
00:49:08 – 00:49:51 (Séquence 40) : L'interlocuteur de Yoki lit un texte de Georges Borgeaud : "Yoki n’a jamais daigné à la peinture le pouvoir de glorifier la création tout entière dont la beauté mystérieuse, inexplicable et toujours au rendez-vous mérite bien que quelques uns de ses traits lui soient volés puis restitués par l’artiste en y ajoutant l’ingénuité humaine. Yoki est mieux façonné pour l’action de grâce que pour l’analyse et le doute". L'interlocuteur de Yoki lit ensuite un texte de Jean Roudaut : "La peinture de Yoki appelle le spectateur à plus d’intériorité sans pour autant le détourner du monde sensible, car il y a dans cette œuvre quelque chose de profondément religieux quelque soit son sujet, sans rien d’acétique. Exhalant ce qui est, le donnant à voir dans sa plus haute lumière, magnifiant par sa tempérance la ferveur elle parvient à constituer une célébration" .
00:50:13 – 00:50:30 (Séquence 41) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Yoki, peintre et verrier, tourné à Romont le 25 septembre 2000.
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