Alice Rivaz (Ecrivain)

  • français
  • 1986-07-15
  • Durata: 00:53:15

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Descrizione

Bien que sa famille ne voie pas d'un oeœil favorable ses premières tentatives littéraires, d'où le pseudonyme de Rivaz, l'écrivain, Grand Prix Ramuz 1980, entend dire la condition féminine en toute liberté: elle sera l'une des premières en Suisse à parler des femmes à partir d'un vécu féminin qu'elle assume entièrement, malgré les tabous, les hypocrisies et les masques imposés. Elle s'en explique ici avec une belle sincérité, avouant ce que beaucoup d'autres taisent.

00:00:00 – 00:00:25 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Alice Rivaz, écrivain, et tourné à Genève durant l’été 1986. L'interlocuteur est Mousse Boulanger.
00:00:25 – 00:04:44 (Séquence 1) : Alice Rivaz explique sa passion de la musique, découverte lorsqu'elle était enfant. Elle habitait Clarens oú son père était instituteur. Ce dernier était ténor et directeur du chœur mixte de Clarens-Montreux où il avait un grand ami, avec qui il partageait aussi des idées politiques. Cet ami avait l'habitude d'inviter la famille dans sa villa, notamment pour qu'Alice joue avec ses deux petites filles. Il avait un piano à queue et Alice Rivaz n'en avait jamais vu auparavant. Les fillettes jouaient à la comédie - notamment sur winkelried - dans la véranda jusqu'à ce que la petite Rivaz soit détournée par la musique jouée par son père et son ami, pianiste et baryton. Elle a été très impressionnée par la musique et a voulu s'y essayer. L'ami de son père lui a montré son piano. Alice Rivaz a désespérément souhaité en posséder un, elle avait environ quatre ans. Ses parents n'en avaient pas les moyens. Sa grand-mère lui a donc offert un violon pour lequel elle a suivi des cours avec peine n’ayant pas la morphologie adéquate.
00:04:44 – 00:06:48 (Séquence 2) : Alice Rivaz explique l'orientation politique de son père, qui était socialiste dès le début de sa carrière d'instituteur. Il ne s'appelait pas Rivaz, mais Paul Golay. Rivaz affirme qu'il a été l'un des fondateurs du mouvement socialiste dans le canton de Vaud, bien qu'il soit né dans une famille très conservatrice. Plus que Marx, c'est Jaurès qui lui a fait choisir ce chemin du socialisme un peu idéaliste. Comme il dirigeait et écrivait dans un journal ouvrier de Suisse Romande, "Le Grutléen", devenu "Le Grutli", puis "Le Travail", il a eu quelques difficultés. Il était alors d'extrême-gauche et pensait que le socialisme gagnerait.
00:06:49 – 00:09:40 (Séquence 3) : Alice Rivaz explique les répercussions du socialisme de son père sur sa famille. Il a quitté son poste d'instituteur ce qui a beaucoup inquiété sa femme. Un mécène néerlandais soutenait le socialisme à Lausanne. Il a subventionné le premier parti socialiste du canton de Vaud, il a fait construire la Maison du Peuple à Lausanne, engagé l'Orchestre de la Suisse Romande avec Ansermet pour donner des concerts gratuits aux ouvriers, créé une bibliothèque pour eux. Cet homme a financé le journal dans lequel le père d'Alice Rivaz s'est mis à travailler. Il a aussi engagé Charles Naine, avocat à Neuchâtel pour défendre les ouvriers. Cela se passait avant les années 1910
00:09:42 – 00:11:32 (Séquence 4) : Alice Rivaz parle d'Anton Suter, le mécène politique de son père. L'interviewer lui demande si lui n'aurait pas pu lui offrir le piano dont elle rêvait. Elle a eu son piano après que sa mère eut économisé pendant des années, quand elle avait douze ans et demi. Cela a été le plus beau jour de sa vie, même si le piano était un Erard d'occasion très ancien. Alice Rivaz a été autodidacte pendant un an, avant de réussir à jouer un prélude de Chopin.
00:11:34 – 00:13:54 (Séquence 5) : Alice Rivaz explique comment elle a d'abord pris des leçons de piano particulières avant d'entrer au conservatoire. Elle explique aussi comment cet apprentissage a été difficile physiquement. En effet, elle ne pouvait pas jouer certaines choses à cause de ses petites mains et avait souvent des tendinites. Elle a donc vite abandonné l'espoir de vivre du piano comme concertiste. Alice Rivaz explique qu'elle aurait pu se spécialiser dans la musique ancienne mais qu'elle ne l'aimait pas beaucoup. Elle aurait voulu jouer du Schumann ou du Brahms mais ne le pouvait pas vraiment. Elle est ensuite devenue professeur de piano pour gagner sa vie, contre l'avis de son père qui voulait qu'elle aille à l'université. Sa mère aussi était contre puisqu'avec l'avènement de la radio et des disques, les professeurs de piano étaient au chômage.
00:13:57 – 00:15:02 (Séquence 6) : Alice Rivaz raconte son entrée dans la vie professionnelle : elle a réalisé qu'elle ne serait jamais que professeur de piano et non artiste de concert. Elle donnait alors des leçons de piano et des cours de musicologie dans les pensionnats de Lausanne. L'interviewer lui demande si elle n'a jamais joué de l'orgue. Alice Rivaz répond qu'elle en a joué mais trouve que c'est moins accessible physiquement que le piano.
00:15:06 – 00:15:16 (Séquence 7) : L'interviewer demande à Alice Rivaz si elle était croyante, ce à quoi elle répond "pas tellement". Elle se dit mécréante depuis l'âge de douze ans voire avant, alors que sa grand-mère était très pieuse.
00:15:20 – 00:17:20 (Séquence 8) : Alice Rivaz raconte une amitié avec une institutrice proche de ses parents, plus âgée, qu'elle dit aimer plus que sa mère. Au moment où Alice Rivaz a été malade des poumons, on l'a envoyée chez cette dame à la montagne, dans la vallée de Joux, derrière la côte, prêt du Risoux. Il y avait un piano, sur lequel Alice Rivaz a appris à jouer et découvert que les vaches sont mélomanes. Elles venaient sous sa fenêtre l'écouter jouer. Elle ajoute que maintenant on met de la musique dans les étables.
00:17:24 – 00:19:56 (Séquence 9) : Alice Rivaz explique comment elle a commencé à gagner sa vie. Elle a abandonné l'enseignement du piano et sur conseil de sa mère s'est inscrite au concours des institutions internationales en 1924-25 pour devenir employée de bureau, sténo-dactylo. Elle a raté ce premier concours puis a révisé pendant un an et l'a repassé. Au final, elle est sortie première de la section française grâce à son bon niveau en culture générale, qui avait un fort coefficient. Elle met cela sur le compte d'Albert Thomas qui dirigeait ce concours et valorisait fortement la culture française et générale. Comme elle avait écrit un bon essai sur Proust, sa note a été haute et l'a faite passer.
00:20:00 – 00:21:17 (Séquence 10) : Alice Rivaz raconte comment elle s'est installée à Genève, se libérant ainsi de sa famille. Au début, elle était en pension chez un vieux couple français qui la surveillait. Elle avait une vie amoureuse car son travail au Bureau International du Travail, où elle est entrée en 1924-25, lui faisait rencontrer beaucoup de jeunes. Alice Rivaz ne s'est pas mariée mais a eu des liaisons et des chagrins d'amour.
00:21:21 – 00:23:22 (Séquence 11) : Alice Rivaz explique comment elle s'est mise à écrire. Elle s'est longtemps retenue, faute de temps et d'espace propres. Elle explique son désir d'écriture par son goût pour la lecture et par le cinéma, notamment muet avec les films de Poudovkine, comme "La Mère" d'après Gorki. Alice Rivaz a écrit pendant sept ans des fragments, des débuts de romans. Elle a beaucoup travaillé avant d'estimer que son travail était valable. Elle affirme avoir un grand sens autocritique.
00:23:26 – 00:27:40 (Séquence 12) : Alice Rivaz explique comment elle s'est mise à écrire. Elle a proposé un manuscrit à la Guilde du Livre dont elle était le membre numéro 13. Elle y collaborait sous formes de quelques articles, notamment sur Marguerite Audoux ou Charles Louis Philippe, et de nouvelles. Elle avait écrit "Nuages dans la main" sous l'impulsion de la guerre d'Espagne et de difficultés sentimentales. Alice Rivaz a oublié ce texte pendant sept ans, sans le montrer à personne. Puis elle s'est remise à travailler au BIT, qui avait fermé pendant la guerre et n'a alors plus eu le temps d'écrire. A ce moment-là, elle a retravaillé et envoyé son manuscrit à Ramuz qu'elle connaissait à travers la Guilde, notamment pour avoir travaillé avec lui sur une anthologie de la poésie française du XVIe au XXe siècle, sans avoir été citée. Ramuz a passé le texte à la Guilde et il a été publié le mois suivant. Elle se souvient avoir été si heureuse que pendant ses vacances à Saint-Cergue avec sa mère, elle lisait la lettre de Ramuz tous les soirs. Toutefois, Alice Rivaz n'osait pas raconter à ses parents ses aventures littéraires.
00:27:44 – 00:28:18 (Séquence 13) : Alice Rivaz évoque l’attitude de ses parents face à sa carrière d'écrivain. Elle pense que ses parents la sous-estimaient. Ils n'étaient pas d'accord qu'elle soit écrivain et trouvaient son œuvre mauvaise. Son père lui a même écrit que son premier roman était mal écrit, un brouillon devant être travaillé et qu'il fallait qu'elle surveille son orthographe.
00:28:23 – 00:31:40 (Séquence 14) : Alice Rivaz explique comment elle a choisit son pseudonyme à la publication de son premier roman. Elle publiait ses articles à l'hebdomadaire de gauche, "Vendredi", sous son vrai nom, Alice Golay. Dix jours avant la parution de son roman, elle a décidé de prendre un pseudonyme pour ne pas choquer ses parents à qui elle n'avait encore rien dit et par couardise. Elle voulait faire comme ces auteurs qui prennent le nom de leur village. Elle pense à choisir un de Lavaux, d'oú vient Ramuz, et songe à Lutry, le village de sa mère, mais elle trouve le nom laid. Elle doit décider dans la précipitation car on est à l'automne 1939, dans un état de grande agitation. Elle choisit donc Rivaz car cela rappelle aussi la première et la dernière lettre de Ramuz. Alice Rivaz considère que son père a été très soulagé qu'elle prenne pseudonyme.
00:31:45 – 00:32:24 (Séquence 15) : Alice Rivaz avoue qu'elle était un peu amoureuse de Ramuz qui la fascinait et l'attirait au point qu'elle en a rêvé. Elle le trouvait très beau même si déjà vieux et buriné quand elle le côtoyait.
00:32:30 – 00:35:09 (Séquence 16) : L'interviewer demande à Alice Rivaz s'il était difficile à son époque d'être écrivain et femme. Elle répond que cela l'était moins qu'on croit car il y avait déjà des auteurs femmes comme Colette, Marguerite Audoux. La mère d'Alice Rivaz ne voulait pas que sa fille écrive parce qu'elle s'opposait en fait au contenu de ses romans, qu'elle estimait immoral. La sexualité était taboue pour elle. Sa famille ne pensait d'ailleurs pas qu'elle en avait une. Sa mère n'était pour autant pas contre l'écriture féminine en soi, mais contre les relations entre les sexes comme sujet littéraire. Alice Rivaz a donc passé sous silence sa vie amoureuse pour ne pas se brouiller avec sa mère qu'elle adorait. Son père aurait compris mais ne l'aurait peut-être pas gardé pour lui.
00:35:15 – 00:36:53 (Séquence 17) : Alice Rivaz parle de son respect et de sa soumission à ses parents. Elle estime que cela remonte à son enfance. Elle a longtemps adoré sa mère pour qui elle était tout au vu des relations difficiles entre ses parents. Alice Rivaz pense maintenant que sa mère n'avait aucun tempérament et était frigide. C'est pour ça qu'elle a toujours menti sur ce sujet à ses parents. Elle a aussi beaucoup menti dans le domaine des relations amoureuses.
00:37:00 – 00:37:42 (Séquence 18) : Alice Rivaz explique comment sa vie est entrée dans ses livres. Elle a choisi de raconter raconterune partie de ce qu'elle a vécu, en montant en épingle certains épisodes de sa vie ou d'en taire certains autres. En général, elle a retenu les éléments tristes.
00:37:49 – 00:38:20 (Séquence 19) : Alice Rivaz explique comment ses relations amoureuses ou celles de ses amies lui ont donné des trames pour ses romans.
00:38:28 – 00:39:51 (Séquence 20) : Alice Rivaz répond à la question des thèmes récurrents de son œuvre.: la vie amoureuse des femmes vue par une femme et les personnes humbles et modestes qui connaissent l'échec. Ses personnages sont généralement des petits intellectuels avec des difficultés d'argent. Ce sont souvent des femmes aux amours contrariées.
00:39:59 – 00:42:44 (Séquence 21) : Alice Rivaz parle de son style. Au début, elle a cherché à écrire de façon visuelle, comme les images du cinema muet du genre de Poudovkine. Comme cela est difficile, elle a progressivement abandonné cette démarche et s'est orienté vers une analyse psychologique de ses personnages. Elle a toujours voulu commencer ses romans comme les russes plutôt que comme les français qui situent historiquement leur récit. Elle voulait commencer par le personnage lui-même en tant qu'être autonome et vivant.
00:42:53 – 00:43:40 (Séquence 22) : Alice Rivaz explique son rapport à la critique. Elle raconte l'anecdote d'un ami anglais et critique qui se doutait avant elle qu'elle allait écrire. Il lui avait dit qu'un roman devait toujours contenir dans les 10 premières lignes ses thèmes principaux et même pressentir la conclusion. C'est ce qu'elle a essayé de faire.
00:43:49 – 00:44:22 (Séquence 23) : Alice Rivaz explique comment elle a concilié son écriture et sa vie professionnelle. Elle raconte comment elle a longtemps accumulé des fragments qu'elle a ensuite monté pour constituer certains des ses romans.
00:44:32 – 00:45:17 (Séquence 24) : Alice Rivaz parle de son journal. Elle en avait commencé un politique très tôt, vers 1933, avec des commentaires sur l'actualité qu'elle a abandonné par la suite. Le vrai journal a été commencé en 1940 pendant sa période de chômage, époque où elle écrivait aussi " des petits romans ratés" au BIT.
00:45:27 – 00:46:13 (Séquence 25) : Alice Rivaz explique qu'à sa retraite, elle a pris deux ans pour se reposer avant de se remettre à écrire. Cela lui a permis de laisser les choses prendre forme. Elle a ensuite commencé à prendre des notes.
00:46:24 – 00:48:12 (Séquence 26) : Alice Rivaz explique pourquoi son journal ne comporte qu'une facette de sa vie. Elle craignait de mourir avant sa mère et qu'elle soit déçue de la réalité représentée par le journal. Ceci implique que tout un pan de la vie d'Alice Rivaz est resté dans l'ombre. Par la suite, libérée du travail et ses parents décédés, elle avait suffisamment pris le pli pour continuer. Son ami Mermod le lui avait annoncé, même sans ses parents, elle aurait toujours des tabous. Ceci explique la pudeur de ses écrits.
00:48:24 – 00:50:32 (Séquence 27) : Alice Rivaz parle de son orientation politique. Elle se considère comme révolutionnaire car elle fréquentait, avant le communisme, la jeunesse socialiste de Lausanne. Elle y participait activement, en chantant "L'Internationale" et en brandissant des drapeaux, en collant des affiches la nuit au moment de la mobilisation de la grève générale vers 1918.
00:50:44 – 00:52:23 (Séquence 28) : On demande à Alice Rivaz ce qu'elle a le plus aimé dans sa vie. Elle répond qu'elle a aimé la musique plus que la littérature. Au final, elle déclare être contente d'être débarrassée de l'amour tout court, car elle a trop souffert de sa dernière relation avec un homme qui ne la rendait pas heureuse.
00:52:36 – 00:53:02 (Séquence 29) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Alice Rivaz, écrivain, et tourné à Genève durant l’été 1986.
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