Alexandre Hay (De la haute finance à l'humanitaire - Président du CICR 1976-1987)

  • français
  • 1990-02-21
  • Durata: 00:51:52

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Descrizione

Il passe sa jeunesse dans le climat politiquement tendu de la Genève d'avant-guerre. Diplomate, il est envoyé à Paris en 1945, où il rencontre des personnalités telles que Gérard Bauer et le ministre Carl J. Burckardt. Il est le témoin d'une Suisse "modérément européenne" qui, déjà, offre certaines résistances, du fait notamment de sa neutralité. Après avoir passé vingt-deux ans au service de la Banque Nationale Suisse, il préside le CICR de 1976– à 1987. Il prend conscience que ce poste exige non seulement une certaine autorité, mais également la capacité d'être un "inspirateur". Il reconnaît que l'effervescence mondiale actuelle constitue un problème sérieux qui rend le travail du CICR de plus en plus difficile.

00:00:00 – 00:00:11 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Alexandre Hay, président du CICR de 1976 à 1987, et tourné au Grand-Saconnex le 21 février 1990. L'interlocuteur est Antoine Bosshard.
00:00:11 – 00:01:59 (Séquence 1) : L'interviewer rappelle qu'Alexandre Hay est genevois, mais que ses racines se trouvent ailleurs. Son père était écossais et sa mère bernoise. Il lui demande ce que c'est que d'être genevois. Il répond qu'il faut faire sa scolarité, se faire des amis et pénétrer dans leurs familles. Une osmose se crée alors et très rapidement on est accepté, on se sent de ce pays. C'est ainsi que s'épousent les sentiments genevois. Les racines de sang deviennent moins importantes.
00:01:59 – 00:04:13 (Séquence 2) : Alexandre Hay explique que le Genevois a certainement des caractéristiques et un certain tempérament. Réservé, le Genevois aime discuter, il est rouspéteur et un peu contestataire parfois. Des traits de caractère qu'on intègre selon son propre tempérament personnel. Il trouve qu'il y a différents types de Genevois. Il y a ceux qui aiment l'histoire locale, d'autres qui vivent plus dans le présent en essayant de découvrir d'autres horizons et qui sortent de Genève. Il est frappé de retrouver ces deux aspects dans l'histoire de la ville. Les conflits locaux d'une part et l'ouverture sur le monde, qui a apporté la Réforme et la Croix-Rouge. Un Genevois peut être facilement distingué d'un Vaudois, d'un Bernois ou d'un Zurichois.
00:04:14 – 00:05:09 (Séquence 3) : Alexandre Hay explique qu'à Genève il y a un certain intellectualisme, les questions d'idées, de science intéressent beaucoup. C'est une ville animée où il y a une réaction et des réflexions. La ville est en avance quand il s'agit de protester, contre les usines atomiques par exemple, face à des problèmes écologiques. Plus qu'ailleurs, les problèmes prennent une certaine vigueur. Ce n'est pas une ville tranquille, mais active et entreprenante. C'est son impression.
00:05:11 – 00:06:06 (Séquence 4) : L'interviewer rappelle qu'Alexandre Hay est fils de chef d'orchestre. Il explique que la musique a joué un rôle important dans sa vie. En famille, les discussions portaient essentiellement sur la musique et la carrière de son père, qui fut difficile à Genève. À l'époque, le grand chef était Ernest Ansermet. Il a dirigé l'Orchestre de l'Université et l'Orchestre de la radio.
00:06:09 – 00:07:40 (Séquence 5) : Alexandre Hay explique que bien qu'il ait aimé la musique et qu'il ait assisté à des concerts et opéras, il a réalisé la vie difficile de l'artiste à travers les difficultés de son père. Il n'a pas voulu devenir musicien. Il sait qu'il y a aussi de grandes satisfactions dans la vie des artistes. Diriger la Walkyrie, par exemple, doit donner des satisfactions qui remplissent une vie. Son père n'était pas affairiste, uniquement artiste, et sa mère avait heureusement plus les pieds sur terre. Ceci générait des tensions qui ont été les raisons, à la longue, de leur divorce. Il avait 16 ans.
00:07:44 – 00:08:13 (Séquence 6) : Alexandre Hay explique qu'il ne pourrait pas se priver de musique. Jeune, il a pratiqué le football. Il aime aujourd'hui regarder des matchs à la télé, mais sa passion ne va pas plus loin et il pourrait s'en passer.
00:08:17 – 00:09:18 (Séquence 7) : Alexandre Hay se souvient des années d'avant la guerre et des tensions politiques. Il y avait l'Action nationale. Il avait des copains qui en faisaient partie. Certains se réjouissaient de l'Anschluss. Il n'était pas du tout de cet avis. Il y avait l'extrême gauche, le communisme, qui leur faisait peur. Il a été élevé dans la peur du communisme, de Léon Nicole et des autres. Aujourd'hui, il pense que c'était un peu exagéré. Il y avait un clivage important. Il avait des amis dans les deux camps.
00:09:23 – 00:10:38 (Séquence 8) : Alexandre Hay dit qu'un des côtés sympathiques des Genevois et des années de collège réside dans le fait de rester amis malgré des idées politiques très différentes. Ils se réunissaient entre eux au-delà des idéaux. Aujourd'hui encore, il a un ami communiste. Une amitié malgré leurs opinions politiques différentes. Il trouve remarquable la collégialité de cette époque qui existait malgré les tensions très fortes.
00:10:44 – 00:13:04 (Séquence 9) : L'interviewer rappelle qu'Alexandre Hay a dû attendre 1945, la fin de la guerre, pour commencer sa véritable carrière. Il est nommé diplomate à Paris, il rentre dans le Département politique. Alexandre Hay explique que quand Karl Burckhardt était ministre, il n'était pas encore ambassadeur à cette époque. Il était dans la section économique avec Gérard Bauer. Il était chargé de renseigner Burckhardt sur ce qui se passait dans la partie économique. Burckhardt n'était pas passionné par l'économie, il l'était plus par l'histoire et la politique. Ils se sont plusieurs fois engagés dans des discussions historico-politiques passionnantes. C'était un privilège de discuter avec lui, il a appris beaucoup. Burckhardt était l'un des grands diplomates de Paris, après l'Américain et l'Anglais. Il était sollicité par la société française, par le Général de Gaulle au sujet d'Hitler. Il ne se doutait pas qu'un jour il occuperait le même poste de Burckhartd à la Croix-Rouge. Burckhartd avait laissé la présidence du CICR, pour Paris.
00:13:10 – 00:14:20 (Séquence 10) : Alexandre Hay explique que Gérard Bauer était un homme très intelligent et d'une ouverture d'esprit considérable. Il s'intéressait à un grand nombre de problématiques d'ordre économique. Il avait le don d'enthousiasmer ses jeunes collaborateurs. C'était un très bon négociateur. Il avait des discussions passionnantes avec les Français, qui n'étaient pas des partenaires faciles. La Suisse était un partenaire important pour eux. Les Suisses étaient persévérants et insistants auprès des Français.
00:14:26 – 00:15:16 (Séquence 11) : Alexandre Hay dit que c'était une époque passionnante. L'époque de Jean Monnet, Schuman. Ils ont beaucoup parlé de l'Europe. Il était passionné par les progrès européens. Il pensait que c'était une chance unique de pouvoir reconstruire en Europe, après la guerre, quelque chose de positif, surtout entre les Français et les Allemands. La création de la communauté acier et charbon semblait prendre ce chemin.
00:15:23 – 00:16:56 (Séquence 12) : Alexandre Hay explique que la Suisse était très intéressée mais réservée en même temps. Une attitude typique des Suisses, qui se croient plus doués que les autres et pensent mieux faire. C'est pourquoi, lors des premières discussions sur la création d'une communauté européenne, d'un marché commun, beaucoup de Suisses importants qui avaient les leviers de commande pensaient que c'était irréalisable, une perte de temps. Ils pensaient que les choses marcheraient seulement par le bilatéralisme. Au sentiment de supériorité se mélangeait une attitude opposée, celle de se considérer comme un petit pays sans importance, dont l'avis compte peu. Une attitude qui ne correspondait pas à la vérité, puisque la Suisse avait un poids économique important.
00:17:03 – 00:17:51 (Séquence 13) : Alexandre Hay explique qu'après des hésitations et grâce à l'impulsion de personnes comme Max Petitpierre et Gérard Bauer, la Suisse a adhéré à l'OECE, l'Organisation européenne de coopération économique. Un pas important, pour la Suisse et pour sa carrière aussi. Il a participé aux travaux de l'Organisation, d'abord sous Bauer et ensuite sous le directeur général de la Banque nationale, Rossi, qui est devenu membre du comité directeur de l'Union européenne de paiements. Il a plus tard remplacé Rossi dans ce comité, et l'a même présidé.
00:17:58 – 00:19:04 (Séquence 14) : Alexandre Hay trouve dommage que la Suisse ait hésité au moment où le marché commun se développait et ne soit pas allée plus loin dans la formation de l'Europe. La Suisse n'a pas suivi, et aujourd'hui encore elle hésite. Elle est modérément européenne. Elle l'est dans la mesure où ses affaires l’amènent à l'être, puisque l'économie suisse est très intégrée à l'Europe. Politiquement elle l'est moins, la neutralité est vécue comme un obstacle.
00:19:11 – 00:20:23 (Séquence 15) : Alexandre Hay explique être entré à la Banque nationale. Il a pu continuer à s'occuper des affaires internationales, dont il était en charge dans le département des affaires étrangères. Il s'occupait des paiements extérieurs. En ce qui concerne le pays, la banque est au centre de l'économie. La banque, en réglant la masse monétaire avec des augmentations ou des diminutions, cherche à stabiliser le système économique. C'est sa grande tâche. Elle doit donc être très au courant de ce qui se passe en économie et savoir où elle doit intervenir.
00:20:30 – 00:22:04 (Séquence 16) : Alexandre Hay explique le processus de décision à l'intérieur de la Banque nationale. Elle est composée de très peu de fonctionnaires. Il y a trois directeurs généraux, qui représentent l'exécutif de la banque et qui ont la responsabilité de la politique monétaire. Ils sont nommés par le Conseil fédéral, mais ils jouissent d'une très grande indépendance. La banque est indépendante de la Confédération, elle a ses statuts propres et ses actionnaires avec une assemblée générale. Le président des trois directeurs est un "primus inter pares", et s'occupe des problèmes généraux d'économie et de politique internationale. À Zurich, il y a un département qui régularise les taux de change, qui essaie de maintenir le franc suisse dans certaines limites. Pendant longtemps le franc a eu un taux fixe. Aujourd'hui il est libre, même si on ne le laisse pas trop flotter .
00:22:12 – 00:24:14 (Séquence 17) : Alexandre Hay explique qu'il a été vice-président du troisième département de la Banque nationale, celui de Berne, qui a les rapports les plus étroits avec la Confédération. Lorsqu'elle doit placer un emprunt dans le marché, c'est ce département qui s'en occupe. Il s'occupe de la trésorerie de la Confédération. Le département pourrait faire des avances, mais il ne le fait pas, car ce serait de l'inflation. Il gère les problèmes dans le marché des capitaux pour la Confédération, les cantons et les communes. Les problèmes d'ordre général sont traités par les trois directeurs, en une séance commune une fois par semaine. Il y a aussi un comité et un conseil de banque. Le pouvoir exécutif, la politique monétaire, est assumé par les trois directeurs, entourés par un certain nombre de fonctionnaires, notamment des économistes. En tout, la banque a 700 à 800 personnes dans ses différentes succursales. La banque s'occupe de la circulation monétaire. Elle émet et reprend la monnaie. Elle s'occupe de la réserve d'or, qui est considérable et qui autrefois jouait un rôle important.
00:24:23 – 00:26:12 (Séquence 18) : L'interviewer rappelle qu'Alexandre Hay après 22 ans à la Banque nationale est devenu président du Comité International de la Croix-Rouge. Il lui demande ce qui le préparait à ce changement. Il répond qu'il n'y avait rien qui le préparait. N'ayant pas été élu à la présidence de la Banque nationale, il a décidé de la quitter. Il pensait rester dans le domaine bancaire. Des amis lui ont proposé le CICR, car la présidence était libre. Ses connaissances du CICR étaient assez superficielles, il avait des amis qui en faisaient partie. Il savait néanmoins que l'activité diplomatique sur le plan international était intéressante. Dans toute sa carrière, au Ministère des Affaires étrangères, à la Banque nationale, il a toujours été attiré par les problèmes en lien avec l'étranger. Le CICR allait dans cette perspective.
00:26:22 – 00:27:53 (Séquence 19) : Alexandre Hay dit avoir été comblé par son activité au CICR. Il faisait plus de politique étrangère que le ministre des affaires étrangères. On pourrait lui reprocher que sa démarche n'ait pas trop été humanitaire. L'ancien président Eric Martin lui avait demandé quelle était sa motivation à reprendre sa place. Il avait été embarrassé par la question. La motivation humanitaire est venue avec le temps, une fois entré dans l'action. Actuellement, l'aspect humanitaire des problèmes prédomine. Ceci ne l'a pas empêché d'être passionné par l'action diplomatique. Il a rencontré des personnes qu'il n'aurait jamais rencontrées autrement, Fidel Castro, Kadhafi, et d'autres encore.
00:28:03 – 00:30:30 (Séquence 20) : L'interviewer demande à Alexandre Hay ce que c'est que d'être président du Comité International de la Croix-Rouge. Il répond que la présidence se caractérise par différents aspects. Ce qui explique les difficultés pour trouver un successeur. Il y a l'aspect diplomatique, il faut être gestionnaire, le CICR est une entreprise de 4000 personnes assez complexe car elle est en rapport avec l'étranger. Il faut s'intéresser aux actions humanitaires, y compris à leurs aspects juridiques. Il faut avoir une certaine autorité, non militaire. Il faut donner une confiance aux nombreux collaborateurs, donner des impulsions à ceux qui partent sur le terrain accomplir leurs missions, il faut avoir des qualités d'animateur et d'inspirateur spirituel, ce qu'il aurait voulu être davantage. Il pense à Max Huber, un de ses prédécesseurs qui avait cette qualité spirituelle. Un président doit aussi savoir écouter.
00:30:41 – 00:32:34 (Séquence 21) : Alexandre Hay dit avoir été impressionné par ses visites, par exemple des prisons ou des camps de réfugiés Khmers à la frontière de la Thaïlande et du Cambodge. 300 000 personnes dont personne se souciait, mis à part des institutions comme le CICR. Le manque d'intérêt affiché des gouvernements est un aspect qui l'a préoccupé et frustré.
00:32:46 – 00:33:25 (Séquence 22) : Alexandre Hay dit que souvent il s'est demandé s'il en faisait suffisamment. Lorsqu'il essayait de rendre attentifs les responsables des prisons par exemple, ou même des personnes plus importantes, il réalisait qu'ils n'étaient pas sensibles à ces problèmes. L'humanitaire pour certains n'existe pas. Ce sont des moments difficiles.
00:33:37 – 00:36:01 (Séquence 23) : L'interviewer demande à Alexandre Hay si la distance entre le gouvernement et ce qui se passe dans le pays expliquerait l'existence de la torture. Il acquiesce, et il donne un exemple concret en Iran. Avec la Croix-Rouge, ils ont cherché à rencontrer le Shah, non sans difficultés, pour traiter des problèmes de la prison d'Etat, la Savak. Le Shah leur a donné toutes les facilitations pour accomplir leur travail. La Savak en était étonnée. Ce qu'ils ont vu dans la prison est innommable. Le Shah a lu leur rapport et a découvert ce qui se passait et qu'il ignorait. Il y a eu ensuite de grands changements. Ceci a été source de satisfaction. Rafsanjani, premier ministre et grand patron de l'Iran actuel, était un homme qu'ils allaient visiter régulièrement alors qu'il était le prisonnier du Shah et, une fois sorti, ils ont bien collaboré. Lorsque Khomeyni a pris le pouvoir les contacts ont cessé.
00:36:13 – 00:38:26 (Séquence 24) : Alexandre Hay dit que parmi les chefs d'Etat qu'il a rencontré, il y a des hommes remarquables et d'autres moins. Il a eu un bon entretien avec Kadhafi, malgré sa mauvaise réputation. Ils ont parlé de questions religieuses. Il pensait que le Christianisme et l'Islam devaient travailler ensemble. Il lui avait dessiné l'emblème tel qu'il l'imaginait avec le croissant, la croix rouge et le bouclier de David. Fidel Castro était très charmant, et ils ont réussi à collaborer après quelques années. La rencontre avec Pinochet lui a confirmé sa mauvaise réputation. Le premier ministre allemand Helmut Schmidt était un homme remarquable.
00:38:39 – 00:39:25 (Séquence 25) : L'interviewer demande à Alexandre Hay comment il faut agir face à un homme d'état cynique. Il répond par un exemple. Il était intervenu dans un pays pour protester contre l'utilisation d'armes chimiques, qui est contraire aux droits humanitaires. Le membre du gouvernement lui a dit qu'il avait raison de protester, mais lui a expliqué qu'en guerre ils utiliseraient tous les moyens pour se défendre. Dans ces moments, on ne sait plus comment continuer.
00:39:39 – 00:40:33 (Séquence 26) : L'interviewer rappelle que des personnes qui ont côtoyé Alexandre Hay, des diplomates, ont été frappées par sa candeur. Il lui demande si la candeur est une arme de la diplomatie. Il répond qu'elle ne doit pas être bête. Il a toujours exprimé ses opinions face aux chefs d'état. Si, par candeur, on entend sincérité aussi, il pense que c'est une des voies pour négocier.
00:40:48 – 00:41:31 (Séquence 27) : L'interviewer demande à Alexandre Hay si ses années aux CICR l'ont changé. Il répond que oui, même si c'est difficile de se juger soi-même. Il a une autre ouverture sur le monde. Il a vécu et vit des réalités qu'il ne connaissait que théoriquement. La problématique humanitaire, qui était nouvelle pour lui, l'a changé probablement un peu, changé ses orientations et réflexions. Il a découvert le nouveau monde, le tiers-monde.
00:41:46 – 00:42:58 (Séquence 28) : L'interviewer rappelle que plusieurs personnes ont trouvé chez Alexandre Hay un comportement paternel. Il explique que le sort des délégués et collaborateurs lui était toujours cher et le préoccupait. Tous ses délégués étaient proches de lui, lorsqu'il se déplaçait, il aimait passer son temps avec eux, voir ce qu'ils faisaient, discuter de leurs problèmes.
00:43:14 – 00:45:15 (Séquence 29) : L'interviewer demande à Alexandre Hay si une image de la Suisse trop affairiste et en contraste avec la mission du CICR ne l'a pas gêné. Il répond qu'au début de son mandat, le CICR cadrait bien avec la Suisse, dans ce qu'elle voulait faire dans le monde. Elle a développé des actions en faveur des pays en voie de développement. Ces dernières années, cet élan connaît un certain ralentissement. Aussi, le fait que des Suisses soient impliqués dans un certain nombre d'opérations douteuses a changé le climat en Suisse. Il y a un climat d'aspirations et de réflexions à changer. Tout une série d'événements a montré que la Suisse était surtout intéressée à sa propre vie interne: les réactions négatives contre les demandeurs d'asile, le début du racisme. Un nouveau climat dont il faudrait beaucoup se préoccuper.
00:45:31 – 00:47:06 (Séquence 30) : L'interviewer demande à Alexandre Hay si, pour les délégués suisses, il est devenu difficile de prêcher des règles humanitaires face au comportement de leur propre pays et des pays industrialisés. Il répond que non, pas à sa connaissance. Le message humanitaire est très bien accueilli par les pays où ils sont. Les gens qui souffrent des conflits et des désastres sont heureux de recevoir de l'aide. Le message humanitaire, dans la mesure où il est bien donné et transmis, continue à avoir toute sa valeur. À l'intérieur du CICR, la question de la nationalité des délégués n'est pas prépondérante, ce sont des membres du CICR. Les personnes savent que l'organisation est occidentale, mais ils ne voient que les personnes qui en font partie.
00:47:22 – 00:49:38 (Séquence 31) : L'interviewer demande à Alexandre Hay si la partie islamique, musulmane du monde n'est pas en train de résister de plus en plus aux prédications de la Croix-Rouge. Il répond que oui. Lorsqu'il a quitté le CICR pour des raisons d'âge, il a dit qu'un des grands challenges pour l'organisation était le développement de l'Islam. Lors des négociations à Téhéran avec la nouvelle équipe, les représentants de l'Etat leur répondaient qu'ils appliquaient la loi de Dieu, alors qu'eux, au contraire, ils voulaient faire appliquer des conventions. Il n'y avait plus de langage commun. Il se considère chrétien, mais il trouve que les conventions sont utiles. Les partisans de Khomeini essayaient de convertir les prisonniers iraquiens par tous les moyens. L'Islam est actuellement en effervescence et va progresser ces prochaines années, en Afrique du Nord, en Afghanistan. Il trouve que c'est un problème qui rendra leur travail plus difficile.
00:49:55 – 00:51:04 (Séquence 32) : L'interviewer demande à Alexandre Hay si, en tant que libéral, il n'a pas l'impression que la liberté nécessite des limites. Il répond que le libéralisme est une philosophie, une tendance politique qui permet le plus le développement de l'homme et de l'économie. Les limites sont incontestables, et c'est la liberté de l'autre, ce qui implique la tolérance. On ne peut pas être libéral sans être tolérant. L'intolérance est le pire phénomène qu'on puisse rencontrer, et elle progresse. Le libéralisme doit être respecté dans ses limites aussi, économiques et politiques.
00:51:21 – 00:51:34 (Séquence 33) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Alexandre Hay, président du CICR de 1976 à 1987, et tourné au Grand-Saconnex le 21 février 1990.
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