Gaston Cherpillod (Ecrivain)

  • français
  • 1992-02-12
  • Durata: 00:48:47

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Descrizione

Fils d'un ouvrier horloger victime de la crise des années trente, il est au collège condisciple d'Yves Velan et de Jean-Pierre Schlunegger et l'élève d'André Bonnard qui lui fait découvrir... Prévert ! Fidèle à ses origines, il entre au Parti ouvrier et populaire (POP) pour le quitter en 1960, étiqueté "anarchiste libertaire". Amoureux du style et de ses contraintes, Cherpillod admire Ramuz comme créateur de langage et place l'Histoire au cœoeur de son travail d'écrivain.

00:00:00 – 00:00:11 (Séquence 0) : Générique de début du Plans-Fixes consacré à Gaston Cherpillod, écrivain, et tourné au Lieu le 12 février 1992. L'interlocuteur est Bertil Galland.
00:00:11 – 00:01:32 (Séquence 1) : L'interviewer présente Gaston Cherpillod, un homme à deux visages : enfant du peuple et distingué produit de la Faculté des lettres, avec des études de français, latin, grec et philosophie. Gaston Cherpillod explique que son père était un OS, un ouvrier spécialisé dans la taille de la pierre fine, dans l'horlogerie. Suite à la première grande crise du capitalisme vers 1925, il a dû accepter n'importe quel travail, d'abord dans son village, ensuite à Chexbres, puis dans le chef lieu. Avec sa famille, il a habité dans les quartiers populaires de Lausanne, comme Montmeillant ou encore la Cheneau-de-Bourg, un quartier mixte entre travailleur et "lumpen" où l'on trouvait prostituées et maquereaux.
00:01:33 – 00:03:10 (Séquence 2) : Gaston Cherpillod explique qu'à l'école primaire un instituteur, Alexis Chevalley, l'a poussé à poursuivre ses études au collège. Chevallet était un homme de lettres qui a publié des poèmes. Il avait jugé qu'il ne pouvait pas évoluer dans l'école du peuple et il a conseillé à son père de l'envoyer dans l'école des cadres. Étant donné que les instituteurs étaient vénérés dans le peuple, son père suivit son conseil. Il aurait eu de bonnes raisons de refuser car il lui fallait payer l'inscription annuelle et les fournitures scolaires. Cela impliquait que Gaston commencerait à travailler plus tard, alors que son père était tantôt travailleur et tantôt chômeur.
00:03:12 – 00:03:54 (Séquence 3) : Gaston Cherpillod dit avoir connu sur les bancs d'école du gymnase de Lausanne deux futurs écrivains: Velan et Schlunegger. Jean Schlunegger est, selon Gaston Cherpillod, un des bons poètes de Suisse romande, connu au-delà des frontières bien que dans un cercle restreint. Ceci est une fatalité pour le poète contemporain.
00:03:56 – 00:05:06 (Séquence 4) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod si, au gymnase, il réalisait qu'il allait devenir poète. Il répond qu'il voulait absolument assurer son salut par ses œuvres, ainsi que ses condisciples. Velan avait décidé qu'il deviendrait un prosateur et romancier. Schlunegger avait élu la muse lyrique comme déesse. A 18 ans déjà, Gaston Cherpillod était fanatisé par le langage esthétique, mais il a eu beaucoup de peine à manier l'outil verbal, ce qui était lié à son milieu. Aussi, il avait un rapport peu satisfaisant avec sa mère qui s'est transposé dans un rapport ambigu avec sa langue maternelle. Il était en effet un très bon élève en latin, grec et allemand, mais pas en français.
00:05:09 – 00:05:26 (Séquence 5) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod s'il écrivait à l'époque. Il répond qu'il écrivait des poèmes démarqués des parnassiens, puis des symbolistes, bien qu'à ses 20 ans il ait fréquenté des poètes modernes comme les surréalistes.
00:05:30 – 00:06:46 (Séquence 6) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod a eu un choc lorsque, à l'université, son professeur de grec, André Bonnard, a lu des poèmes de Prévert. Il raconte qu'ils étaient à l'étage d'un bistrot qui s'appelait "La Pinte vaudoise", au bas de la rue de l'Université près du Palais Rumine, où André Bonnard avait entraîné ses élèves pour son heure de cours. Il a décidé de leur parler non pas d'un poète grec mais d'un poète contemporain qui partageait avec les Grecs un certain nombre de valeurs. Il leur a lu "Le Diner de têtes" qui l'a bouleversé. Il doutait depuis un moment de ses œuvres. Après avoir écouté Prévert, il a décidé de détruire ses poésies. Il dit que, quand il n'est pas idolâtre, il est iconoclaste.
00:06:50 – 00:09:23 (Séquence 7) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod avait trois grandes valeurs à l'époque, la poésie, l'amour profane et le désir de changer le monde. Ce dernier était en relation à la condition de son père. À ses 19 ans, Gaston Cherpillod avait l'impression qu'en dehors de ces trois "divinités", il n'y avait rien. En tant que fils de pauvre, il avait décidé que l'argent, une carrière ne comptait pas pour lui. Il était fils de la plèbe mais il avait un tempérament d'aristocrate. L'interviewer résume en disant qu'en lui il y avait la poésie, l'amour et la révolution. Il dit être resté fidèle à ses trois divinités pendant toute sa vie. Il souffre lorsqu'une d'entre elles s'éloigne. Il a 70 ans, l'amour appartient plus à son passé, la mystique révolutionnaire à l'époque actuelle le laisse insatisfait, il lui reste l'écriture. Il ne considère pourtant pas les deux autres valeurs comme moins importantes.
00:09:28 – 00:10:50 (Séquence 8) : L'interviewer dit à Gaston Cherpillod que, grâce à la police fédérale, il a pu réaliser qu'il avait adhéré plus tôt au POP. Il répond qu'il ne l'avait pas oublié, la mémoire est pour lui son pilier d'assurance littéraire. Il a adhéré au POP en 1948. Il n'a pas mentionné cet épisode dans "Le Chêne brûlé", car c'était une adhésion formelle. De plus, il était horrifié du sérieux qui se dégageait des assemblées militantes. Il a préféré mentionner la date de sa véritable adhésion en 1953. La police suisse n'a pas raté sa première demande d'adhésion, ce qui prouve que ces mouvements sont régulièrement infiltrés d'espions à la solde de la classe dominante.
00:10:56 – 00:12:24 (Séquence 9) : Gaston Cherpillod explique qu'au sein du POP il avait une activité légale, bien qu'il aspirât à la prise de pouvoir par la violence. Il collectait des signatures pour des initiatives. Son quartier était son fief électoral. Il a été élu au Conseil communal à la fin de 1953. Il se souvient avoir sillonné son quartier pour une initiative pour l'assurance invalidité. Aussi, il devait rédiger des comptes-rendus internes ou des comptes-rendus du Conseil communal pour la "Voix ouvrière". Il y avait les réunions et les assemblées. Il a été nommé secrétaire vaudois, lausannois et national du Mouvement suisse de la paix.
00:12:30 – 00:13:56 (Séquence 10) : Gaston Cherpillod dit avoir eu des relations conflictuelles avec Muret, chef historique du Parti Ouvrier et Populaire, POP. Muret était un intellectuel issu de la classe dominante, alors que lui venait de la basse plèbe. Lorsque Muret et d'autres essayaient de lui expliquer ce que le peuple sentait, ça l'énervait et il le manifestait. Il devint alors "persona non grata". Lorsqu'il a dû quitter le canton, à cause de son militantisme et de la guerre froide, l'instruction publique l'avait "remercié". Il est revenu ensuite après une année et le parti l'a considéré comme élément douteux, anarchisant. Il ne se reconnaissait pas dans les analyses qu'ils faisaient de la situation sociale suisse. Elles correspondaient à la situation des années 1930.
00:14:02 – 00:15:51 (Séquence 11) : L'interviewer rappelle que pendant cette période Gaston Cherpillod a écrit. Il a adapté "La paix" d'Aristophane, il a écrit des poèmes "Sur fond de gueules", "Plain Siècle". Il explique que c'était une poésie sous aragonesque. Aragon était un grand poète avant de sombrer dans la rimaillerie. Il avait des disciples et des épigones, dont lui. Il a écrit des chansonnettes staliniennes entre 1953 et 1958. Il a écrit des chansons pour Belles Lettres. Les chansons du temps de ses études avaient une bonne adéquation entre forme et fond. Elles avaient un ton qu'il a retrouvé ensuite, celui de la dérision voire l'autodérision. Les poésies staliniennes ont la "langue de bois". Il ne peut pas les renier, mais il fait semblant de ne pas les avoir écrites, elles ne figurent pas dans ses oeuvres complètes.
00:15:58 – 00:16:49 (Séquence 12) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod a rompu avec le parti en 1960. Il explique qu'il était considéré comme un anarchiste bien qu'il n'avait jamais adhéré à cette idéologie. Plus tard, dans la lecture de textes anarchistes, il a trouvé un idéalisme creux auquel il oppose la plénitude de l'analyse concrète de Marx. Il a fini par assumer non pas l'idéologie, mais un tempérament de libertaire.
00:16:57 – 00:17:54 (Séquence 13) : Gaston Cherpillod explique que jeune déjà, il se savait bâtard, fils d'une classe par naissance et d'une autre par éducation. Il n'était pas à l'aise ni dans l'une ni dans l'autre. Il se souvient avoir été pris un jour de nostalgie en voyant les faubourgs de Milan, des centaines d'immeubles d'ouvriers. Il s'était dit que sa place était là.
00:18:02 – 00:18:58 (Séquence 14) : Gaston Cherpillod explique qu'André Bonnard est le fils du moment historique et du mieux d'une longue tradition bourgeoise. Bien qu'il se soit déclaré athée, il ne pouvait pas s'empêcher de brûler pour une cause. Il a remplacé Dieu par Karl Marx et d'autres prophètes. Bonnard a été littéralement aspiré par l'idéologie de cette époque.
00:19:06 – 00:19:57 (Séquence 15) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod, pendant sa période au POP, n'a pas reçu beaucoup de remplacements. Il a été interdit d'enseignement. Il explique avoir commencé à pratiquer la pêche au moment où il est entré au POP, en 1953. Il l'a beaucoup pratiquée lorsqu'il a été maître au chômage et avant de devenir un acharné de la plume.
00:20:06 – 00:21:36 (Séquence 16) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod a écrit un livre contre Ramuz, "Ramuz ou l'alchimiste". Il a commis un crime. Il explique que ce n'était pas contre Ramuz lui-même, qu'il respectait et à qui il reconnaissait le statut de créateur de langage. Il en a eu assez de l'attitude "théolâtrique" face à l'oeuvre de Ramuz après que l'on eut très longtemps conspué le personnage. Ramuz était devenu un monolithe. Si on ne devenait pas ramuzien, on ne pouvait pas être écrivain. Ramuz est le père fondateur de la littérature romande, ceci n'est pas discutable, simplement il est aussi un homme témoin d'une époque historique révolue. Il était contre l'attitude révérencieuse envers les gens de lettres, il fallait montrer que "l'homme de plume est aussi un homme d'épée".
00:21:46 – 00:22:18 (Séquence 17) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod comment il se situait par rapport à Roud et Jaccottet. Il répond qu'il avait beaucoup d'amour pour Roud lorsqu'il avait 19 et 20 ans. Ensuite il a connu l'autre et il lui a semblé que la poésie de Roud ne tenait pas la route. Il avait tort. Aujourd'hui, il relit Roud sans exaltation mais avec une certaine joie.
00:22:28 – 00:23:27 (Séquence 18) : L'interviewer rappelle que Roud et Jaccottet étaient des poètes à l'affût de signes. Il demande à Gaston Cherpillod s'il a trouvé des signes sur son chemin. Il répond qu'il n'a jamais su de quels signes ces poètes parlaient. Ils étaient discrets et il les comprend. Lui-même aurait eu de la peine à en parler. Il n'aime pas qu'on s'appuie sur des révélations mystérieuses pour se situer hors de l'histoire. Il ne récuse pas la transcendance mais, pour lui, elle s'exprime à travers l'immanence. Il n'est pas question de renvoyer l'histoire sous prétexte d'être fils de l'éternité.
00:23:38 – 00:25:51 (Séquence 19) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod s'il a eu des signes. Il répond que oui. Il a eu la prémonition de pouvoir renouer avec un amour d'autrefois, s'il allait se promener dans les grottes de Vallorbe. Il n'a pas cru à cette prémonition, il a pensé qu'elle lui inspirerait seulement quelques belles pages de poésie. En réalité, la prémonition était juste, et cette "fée" est encore à ses côtés. C'est un signe du monde du profane. Pour ce qui concerne le sacré, il pense qu'il n'a rien à dire, sans en être tout à fait sûr. De retour d'une partie de pêche, il est monté dans un train, il était couvert de sueur, et s'est assis en face d'une jeune femme. Il avait honte. La fille a eu un geste biblique, elle a sorti un mouchoir et lui a épongé le front et les joues. Il s'est demandé si le Seigneur était quelque part dans le wagon. Il s'est servi de cet épisode dans le passage d'un récit de fiction. Il se sert souvent de la mémoire comme détonateur.
00:26:02 – 00:27:08 (Séquence 20) : Gaston Cherpillod dit lire aussi les penseurs. Karl Marx a été un élément constitutif de sa pensée, aujourd'hui encore. Il réalise néanmoins que la pensée totalisante à fait la preuve de son échec définitif. Rien n'est définitivement acquis, on ne peut pas expliquer l'homme, même avec une tête de génie. Il préfère, après avoir lu les philosophes, les écrivains c'est-à-dire les enchanteurs, des personnes qui ont un rapport charnel, unique avec leurs moyens d'expression et qui se servent du mot à la fois pour véhiculer des idées et pour capter l'attention émue du lecteur. L'écrivain qui n'a pas de style n'est pas un écrivain.
00:27:20 – 00:28:30 (Séquence 21) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod de citer les écrivains qui l'ont touché. Les grands prosateurs grecs d'abord, Démosthène, Platon, les grands latins ensuite, comme Cicéron, Saint Augustin, Tacite. Il dit être un héritier fidèle, même trop scrupuleux, de la rhétorique latine. Il dit faire de la "pâtisserie haut de gamme". Au reproche que son œuvre est un artifice, il répond que toute œuvre est artificielle, la seule chose naturelle est le cri ou le geste violent.
00:28:42 – 00:30:13 (Séquence 22) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod de parler de la violence. Il explique qu'à ses 25 ans, il a vu un psychiatre renommé dans le canton Vaud, qui l'a considéré comme un sadique. Il explique que le sadique n'est pas un méchant violeur. C'est un personnage qui assume profondément sa violence. Une violence qui peut se manifester par des gestes sociaux, par des prises de positions politiques extrémistes. On peut être un terroriste mais on peut aussi être un saint. Les saints ont aussi été des sadiques. On peut le manifester dans le domaine du style.
00:30:26 – 00:31:40 (Séquence 23) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod si, chez lui, il y a une forme de timidité de celui qui s'est trouvé dans un autre milieu social, une timidité qui provoque une violence de règlement de compte. Il répond que oui. Il y a chez lui la volonté d'être le fils du peuple et à la fois le premier de classe qui consterne le milieu dans lequel il est transplanté. Il doit faire preuve d'excellence pour montrer qu'il a réussi son passage. Il pense néanmoins que la racine est plus profonde, il faut chercher les causes de son tempérament dans les couches les plus secrètes de son individu. Il est à la fois homme de violence et homme de rangement. Il est hanté par la perfection, une violence qu'il retourne contre lui-même. Il aurait pu devenir un horrible commissaire de la république.
00:31:54 – 00:33:08 (Séquence 24) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod comment, en tant qu'amateur de l'ordre, il est devenu un auteur baroque. Il répond qu'il se livre à de véritables supplices, il est un flagellant. Tout le monde passe sa vie à se flageller. On ne se flagelle pas toujours au nom des mêmes valeurs, pour en tirer les mêmes satisfactions. Il se supplicie par son travail sur le langage. Par exemple, sur une page d'un nombre fixe de signes, il ne doit pas dépasser un certain nombre de complément de noms, de pronoms relatifs, et de certaines consonnes. Un bon sadique exerce la violence contre lui-même.
00:33:22 – 00:34:20 (Séquence 25) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod s'il n'a jamais eu la tentation de rompre l'artificiel pour trouver le naturel. Il répond que non. Même dans "Le Chêne brûlé", sur fond d'éléments naturels, le langage est artificiel, avec l'imparfait du subjonctif, les expressions argotiques, populaires et prises du patois. Il montre ainsi son irrévérence et son respect pour l'héritage langagier. Avec les livres qui ont suivi, il a ajouté à l'artifice le baroque.
00:34:35 – 00:35:23 (Séquence 26) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod si, dans sa recherche de perfection, dans la violence qu'il s'est imposée, il a essayé de vaincre le temps. Il répond que oui. Le temps est l'ennemi de l'homme et, pour un écrivain, il l'est deux fois. L'écrivain a non seulement conscience de cette situation, mais il a les moyens de ruser avec elle. Contre le temps, il essaie d'ériger un monolithe, une pierre qu'il veut faire croire indestructible.
00:35:38 – 00:36:01 (Séquence 27) : L'interviewer dit à Gaston Cherpillod que sa rigueur semble déboucher sur une sorte d'état de lévitation qui est à l'opposé d'une écriture sous tension. Il explique que cela est dû moins à la langue qu'à des thèmes, des moments de grâce qu'il essaie de fixer.
00:36:17 – 00:37:23 (Séquence 28) : L'interviewer reprend les mots de Gaston Cherpillod qui disait avoir refusé le réalisme dans son œuvre. Il multiplie les détails réalistes pour créer des lignes de fuites qui sont la mémoire, l'amour fou, ou Dieu peut-être. Il dit être un personnage double, métaphysicien de l'écriture romanesque, et en même temps combattant de la présence historique soucieux d'inscrire les passions de la condition humaine, les passions éternelles, dans un contexte précis et déterminé à la fois local et temporel. Il est un réaliste lyrique et non un naturaliste. Ce qui compte le plus pour lui c'est l'éternité. Il est un bon fils de la terre romande même s'il est excentrique.
00:37:39 – 00:40:08 (Séquence 29) : Gaston Cherpillod explique qu'on retrouve dans son œuvre la foi "au virage", on retrouve Dieu, même s'il n'est pas nommé. Il ne veut pas faire hommage à une église constituée, à laquelle il appartient tout de même. Il est de tradition huguenote, même s'il est prodigieusement hérétique. L'interviewer rappelle que dans ses livres, on trouve les traces de ses jeunes lectures bibliques. Il dit qu'elles peuvent aller de l'émotion au sarcasme. Il cite des exemples. Dans son second roman "Les Changelins", le narrateur se trouve dans un cimetière et devant la tombe d'un inconnu il dit : "Si Dieu existe et qu'il n'est ni poète ni psychologue, il est probablement juge de paix". Dans le même livre, le narrateur évoque un ami alcoolique qui répondait aux reproches : "Triste est la vie et la mort m'est un Gin". Il explique que c'est une phrase d'après Saint-Paul, dans une version arrangée. La vraie phrase est "Christ est ma vie et la mort m'est un gain". Il cite un extrait de son dernier ouvrage "Vallès", où Dieu est privé de manière irrévérencieuse de son habit métaphysique pour être transformé en un gardien de coffre-fort.
00:40:24 – 00:41:58 (Séquence 30) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod a eu la confiance complète de son éditeur Dimitrievitch de l'Age d'Homme. Il dit l'avoir rencontré après avoir écrit "Le Chêne brûlé". Il voulait continuer à écrire car il était transporté par le fait d'avoir découvert ce "pouvoir magique". Dimitrijević a lu son livre et lui a proposé d'en écrire un deuxième sur le même style autobiographique mais concentré sur ses expériences politiques. C'est ainsi qu'est né "Promotion Staline", paru à la fin de 1970. Il a fini par lui soumettre chacun de ses livres. Il a accepté l'idée de se faire publier dans sa ville, à Paris il aurait été un Suisse noyé dans une marée noire de Français.
00:42:15 – 00:43:22 (Séquence 31) : L'interviewer demande à Gaston Cherpillod ce qui l'attire chez Céline, un auteur qui n'a pas les mêmes idées politiques. Il répond qu'il fait bon marché de ses positions politiques. Il était un homme d'extrême droite, un fasciste, alors qu'il est d'extrême gauche. Il lui laisse sa révoltante primarité psychologique, car il réduit l'homme à quelques instincts. Il admire chez lui le souffle narratif et la création de langage. C'est un grand styliste qui se situe au niveau paroxystique.
00:43:39 – 00:44:31 (Séquence 32) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod est un lecteur de moralistes, comme Saint Augustin. Il dit avoir lu Saint Augustin dans le texte latin, aujourd'hui il aurait un peu de la peine. Il trouve chez lui des formules contemporaines pour exprimer le désarroi du coeur. Il cite un passage qui exprime au mieux la situation névrotique de celui qui élève sur un plan métaphysique l'angoisse de l'homme.
00:44:49 – 00:45:47 (Séquence 33) : Gaston Cherpillod dit avoir découvert Sade assez tardivement, à ses 40 ans. Pauvert, courageux éditeur, avait décidé de republier un certain nombre de ses textes gardés à la Bibliothèque Nationale. Il a lu "Justine et les infortunes de la vertu", il a découvert une véritable borne de la pensée. Il admire chez Sade la cohérence de sa vision. Il nie l'existence de Dieu mais, à la différence des autres, il mène plus loin son raisonnement et affirme que l'homme par conséquent n'existe pas non plus. L'homme n'est qu'une pourriture qui a conscience de sa finitude et Sade affirme qu'on peut le traiter comme "notre bon plaisir nous l'ordonne".
00:46:06 – 00:47:56 (Séquence 34) : L'interviewer rappelle que Gaston Cherpillod a été dévoué à une sorte de trinité: la poésie, la révolte contre l'injustice et la femme. Il lui demande de faire l'éloge de Sylvette. Il dit avoir fait son portrait dans un ouvrage de 1975, paru en 1977. La rencontre avec elle a été pour lui bénéfique, tant sur le plan humain que littéraire. Elle a été sa femme des jours glorieux, de sa passion et de la vie quotidienne. Ce n'est pas facile d'héberger un écrivain. S'il n'est pas en train de camper sur un nuage, il fulmine contre l'ingratitude des imbéciles qui sont ses contemporains. Il n'a pas pu vivre dignement de son écriture et il a été obligé de "plonger sa fourchette dans sa gamelle". Elle a été son mécène.
00:48:16 – 00:48:27 (Séquence 35) : Générique de fin du Plans-Fixes consacré à Gaston Cherpillod, écrivain, et tourné au Lieu le 12 février 1992.
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